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Macron: n'achetons plus d'armes américaines

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Emmanuel Macron lance un appel aux Européens pour renforcer l'industrie de défense

« Nous avons eu une discussion très franche avec le président Trump et je suis d’accord avec sa demande de mieux partager le fardeau de la défense de l’Europe, mais je vais être très franc, ce que je ne veux pas voir, ce sont des pays européens qui augmentent leur budget de défense pour acheter des armes américaines ou d’autres matériels qui proviennent de votre industrie, si nous augmentons nos budgets c’est pour bâtir notre autonomie »

Emmanuel Macron a tenu a préciser sur CNN des propos qu’il avait déjà engagé vendredi : «On ne protègera pas les Européens si on ne décide pas d'avoir une vraie armée européenne", il faut « nous protéger à l'égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis », propos que Donal Trump avait trouvé « insultants ». Les deux hommes s’en sont donc expliqué ce week-end à Paris et sont tombés d’accord sur la formule qui consiste à « mieux partager le fardeau de la défense européenne », « je suis favorable à une Europe forte, nous avons tous besoin d’une Europe forte » ajoutait le président des Etats-Unis. Sauf qu’Emmanuel Macron veut une Europe « forte », mais aussi indépendante et autonome militairement. Du moins le plus possible. Ambition qu’il partage avec Angela Merkel, qui avait proposé au printemps dernier la création d’un « conseil de sécurité européen » capable d’agir et de répondre vite à toute menace, mais cette ambition est loin de faire l’unanimité au sein de l’Union Européenne

« Fort Trump »

La Belgique et la Pologne, par exemple, ont envoyé récemment des signes radicalement différents. Le gouvernement belge, d’abord, a choisi le chasseur bombardier F35 américain pour remplacer les F-16 vieillissants de ses forces de défense. Trente-quatre nouveaux appareils, un contrat estimé à 3,6 milliards d'euros. Le gouvernement Belge se veut pragmatique : « malgré notre volonté de soutenir les partenaires européens, le F-35 va nous faire économiser presque 650 millions d'euros ». « L’offre des Américains était la meilleure selon l’ensemble de nos sept critères d’évaluation », ajoutait le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput. Ainsi, l'avion doit être capable de transporter des bombes nucléaires américaine de type B61, les pilotes doivent être habitués à ce type d'appareil et il y a des similitudes entre les F35 et les F16. Enfin, la Belgique souhaite renforcer sa coopération avec les forces aériennes de ses voisins. Or le Danemark, la Norvège et les Pays-Bas utilisent déjà des F-35.

Emmanuel Macron le sait, comme tous ceux qui tentent de promouvoir une défense européenne depuis des dizaines d’années, c’est bien à travers les achats industriels qu’elle se construira. La composante aérienne des armées en est le plus parfait exemple : des forces équipées d’avions américains, ce sont des milliers de pilotes et d’officiers qui vont se former dans les académies militaires outre-Atlantique, et cela depuis des décennies, ils en reviennent avec une vision du monde qui correspond souvent aux grands objectifs stratégiques américains, beaucoup moins à ceux que pourrait définir une initiative européenne de défense.

Au printemps dernier ce sont les polonais qui annonçaient leur intention ferme d’acheter des Black Hawk S-70 de l'hélicoptériste américain Sikorsky pour leur police anti-terroriste en vue de remplacer deux vieux appareils russes ; au mois de septembre, en visite à Washington, le président polonais, Andrzej Duda avait même demandé la construction d’une base militaire américaine sur le sol polonais, il l’avait surnommé « Fort Trump » : « J'espère que vous prendrez la décision de déployer plus d'unités et d'équipements [...]. J'aimerais voir une base américaine permanente en Pologne. Il y a toute une panoplie d'arguments en faveur du fait que la présence des forces armées des Etats-Unis dans cette région est absolument justifiée [...]. Je suis convaincu qu'il n'y a pas de méthode plus efficace pour empêcher une guerre que de montrer que nous sommes prêts à repousser une attaque à tout moment » et la Pologne avançait même le chiffre de 2 milliards de dollars de subventions pour la construction de cette base destinée à la protéger des Russes.

Trump? Un nouveau risque stratégique

Contre cette peur-là, contre cet ennemi-là, l’Europe ne peut rien. Jamais les polonais ne prendront le risque de confier leurs premières lignes de défense à une « armée européenne » dont on serait bien en peine de définir les contours, alors que les premières initiatives pour une Communauté Européenne de Défense datent tout de même de 1954. Pire, les récentes initiatives de la Maison Blanche pour sortir des traités mettant fin à la guerre froide et notamment le traité INF sur les forces nucléaires intermédiaires, pourraient relancer la course aux « Euromissiles », pour le plus grand bonheur de l’industrie militaire américaine.

La France est bien seule dans sa volonté de promouvoir une Europe de la défense industrielle. Et d’ailleurs le veut-elle vraiment ? Sans doute quand il s’agit de pousser Airbus ou Dassault, mais confronté à la volonté italienne d’une alliance forte entre Fincantieri et Naval Group, le gouvernement français ne cesse de tergiverser, mettant en avant justement des atteintes possibles à sa souveraineté à travers la technologie des sous-marins nucléaires que possède l’ancienne « Direction des constructions Navales ». Ne parlons pas des atermoiements du siècle dernier autour d’un « second porte-avion » qui aurait été construit avec la Grande-Bretagne.

La présence de Donald Trump a la Maison Blanche change néanmoins la donne. Quelle est sa réelle doctrine stratégique au-delà de « America First » et d’une image de VRP au service de son industrie de défense ? C’est une sacrée question et une inconnue de taille. Emmanuel Macron considère-t-il que c’est une opportunité pour avancer à marche forcée sur un dossier enlisé depuis si longtemps ? Sans doute, mais alors se pose la question de savoir s’il a encore assez de crédit en Europe pour avancer sur ce point