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Les politiques monétaires exceptionnelles ont-elles exacerbées les inégalités de richesses?

Les inégalités de richesse se sont creusées dans les pays développés.

Les inégalités de richesse se sont creusées dans les pays développés. - Joel Saget - AFP

La Banque des règlements internationaux remarque que les écarts de richesse dans les pays développés ont augmenté depuis la crise financière. Les politiques monétaires non-conventionnelles pourraient en être la cause.

Pour la BRI le constat est clair: les inégalités de richesse dans les pays développés se sont accrues depuis la crise financière. "L'assouplissement monétaire sans précédent depuis le début de la grande crise financière a soulevé des inquiétudes sur le fait que la politique monétaire ait pu contribuer aux inégalités", ont constaté Dietrich Domanski, Michela Scatigna et Anna Zabai, les auteurs de cette étude.

Pour empêcher les systèmes financiers de dérailler aux lendemains de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, les banques centrales avaient multiplié les mesures non-conventionnelles. Elles avaient abaissé les taux d'intérêt à des niveaux extrêmement bas et injecté des liquidités par le biais de politiques d'assouplissement quantitatif qui impliquaient de vastes programmes de rachat d'actifs.

Certains marchés ciblés

Or deux arguments semblent soutenir l'idée que ces politiques exceptionnelles ont pu contribuer à exacerber les écarts de richesses, le premier étant que la courbe des rendements, proche de zéro sur une très longue période, a impacté durablement la valorisation des actifs. Le second est que ces politiques exceptionnelles ont ciblé spécifiquement certains marchés, comme par exemple l'immobilier. Pour mettre ces hypothèses à l'épreuve, les économistes de la BRI, une institution considérée comme la banque centrale des banques centrales, ont commencé par procéder à une simulation sur le patrimoine des ménages dans six pays.

L'objectif était d'examiner la part des actions, des obligations, des dépôts, des fonds, de l'immobilier et de la dette dans le patrimoine des ménages les plus riches et les plus pauvres. Cet exercice, purement théorique ont insisté les auteurs de l'étude, a notamment fait ressortir que le patrimoine des ménages les plus riches avait progressé deux fois plus vite que celui des plus pauvres en Allemagne et en Italie, quatre fois plus vite aux États-Unis, et cinq fois plus vite en France. Au Royaume Uni, les inégalités sont revenues à leur niveau d'avant-crise après un déclin initial.

Rôle mineur des obligations 

Dans un deuxième temps, ils ont évalué les effets des politiques monétaires sur ces différentes composantes du patrimoine. Entre autres enseignements, ils ont constaté que les obligations, dont le rendement a été fortement réduit par la faiblesse des taux, n'ont joué qu'un rôle mineur sur les écarts de richesse, la part de ce type de placement étant généralement à peu près similaire chez les ménages les plus riches et les plus pauvres. L'impact a en revanche été beaucoup plus significatif au niveau des actions.

La faiblesse des rendements a en effet poussé les investisseurs à modifier la composition de leurs portefeuilles au profit des actifs à risque. Or ceux-ci occupent une place beaucoup plus importante dans le patrimoine des ménages les plus riches. Dans la simulation, les actions représentent 7,3% du patrimoine des ménages les plus riches en France contre 1,2% pour celui des plus pauvres. La reprise de l'immobilier, qui pèse plus lourd dans le patrimoine des ménages les plus pauvres, a cependant en partie contribué à atténuer ces écarts, les taux bas ayant stimulé ce marché. Les auteurs de l'étude ont toutefois insisté sur les limites de ces recherches empiriques, relevant qu'elles visaient à donner des pistes sur un débat qui se trouve toujours "à ses débuts".

D. L. avec AFP