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Le surplus de pétrole pousse les capacités de stockage à leurs limites

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- - Federico PARRA / AFP

Malgré la pandémie de coronavirus qui terrasse l'économie mondiale et la demande de pétrole, la production de brut continue à tout va, notamment en Arabie saoudite et aux Etats-Unis, poussant les capacités de stockage à leurs limites.

"Nous savions que la poussée de la production de la part des membres de l'Opep allait mettre la pression sur les stocks de pétrole brut", explique à l'AFP Olivier Jakob, de Petromatrix, "mais ce phénomène s'est clairement accéléré la semaine dernière avec la demande qui s'écroule".

Résultat: les stocks actuels de pétrole brut à terre et dans les navires "dépassent le précédent pic atteint début 2017", ont constaté les analystes de Kpler dans une note publiée lundi, "et ces stocks continuent de croître".

Entre l'offre pléthorique et la demande anéantie, le surplus de pétrole mondial "pourrait atteindre 10,6 millions de barils par jour au deuxième trimestre" selon les calculs de Michael Tran, analyste au sein de la banque RBC, soit sur la période près d'un milliard de nouveaux barils à stocker, de quoi "s'approcher des limites (de stockage) en fin d'année ou début 2021" selon lui.

"Les réserves augmentent d'abord dans les pays consommateurs, là ou il y a des raffineries", a précisé Olivier Jakob, "puis ensuite sur les navires, avant que la pression ne retombe sur les producteurs, qui devront freiner leur production et laisser le pétrole en terre".

Le kérosène, premier produit pétrolier à souffrir

Le kérosène, utilisé comme carburant dans l'aviation, est le "premier produit pétrolier à souffrir", a précisé Olivier Jakob, du fait d'un secteur économique quasiment à l'arrêt.

Le transport aérien connaît actuellement "la crise la plus profonde jamais traversée", a confirmé mardi l'association internationale du transport aérien. Elle affecte désormais 98% du trafic passagers dans le monde, selon la fédération. La société Rystad Energy a chiffré à 20% la baisse de la demande de ce secteur, soit 1,4 million de barils par jour, de quoi remplir les réservoirs de kérosène "à leur maximum dès le mois d'avril," a alerté un de leurs analystes, Bjornar Tonhaugen.

En plus des installations à terre, les tankers aux larges cuves sont également mobilisés pour conserver le surplus de brut. Les géants des hydrocarbures "se précipitent pour sécuriser les pétroliers à des fins de stockage", confirme Stephen Brennock, de PVM, de peur de voir "les installations à terre atteindre leur maximum d'ici quelques mois".

Cet intérêt est encouragé par la situation de "contango", ou report, un phénomène rare de marché de différence de prix entre les contrats proches et plus lointains sur un même produit. Elle ouvre la possibilité aux opérateurs de marché d'acheter des barils, de les stocker au plus près tout en se couvrant sur le marché à terme pour s'assurer de les revendre plus tard à un meilleur prix.

"La plupart des raffineurs ont annoncé qu'ils ralentissaient leur taux d'utilisation", a noté Olivier Jakob, pour s'adapter à une demande en berne. De plus, ceux-ci "voient leurs marges s'éroder" à cause des prix bas, constate Bjornar Tonhaugen, et lancent des plans massifs d'économies.

C'est par exemple le cas du groupe français Total qui a annoncé lundi une réduction de plus de 3 milliards de dollars de ses investissements. Mais la situation diffère selon les pays. Ainsi le dernier rapport publié mercredi par l'Agence américaine d'information sur l'Energie a rendu compte d'un fonctionnement des raffineries à 87,3% de leurs capacités, en hausse par rapport à la semaine précédente.

La veille toutefois, la compagnie pétrolière américaine Phillips 66 faisait des annonces similaires à celles de Total, se disant contrainte de décaler et d'annuler plusieurs de ses projets.

Le pétrole a fini la semaine sur une nouvelle chute, pris en étau entre une demande en berne et une offre excédentaire. A New York, le baril de WTI pour livraison en mai a terminé à 21,51 dollars, perdant 4,8% par rapport à la clôture de jeudi. 

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a lui fini à 24,93 dollars à Londres, en baisse de 5,4%. Il a touché un plus bas depuis 2003 en cours de séance, à 24,13 dollars.

Sandrine Serais avec AFP