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Le "printemps érable" a-t-il une justification économique?

Quatre mois après le début des manifestations étudiantes au Québec, des négociations ont lieu avec le gouvernement.

Quatre mois après le début des manifestations étudiantes au Québec, des négociations ont lieu avec le gouvernement. - -

Depuis plus de 100 jours maintenant, les manifestations se multiplient au Québec pour protester contre la hausse progressive des frais de scolarité. Mais la pertinence de cette lutte divise les Québécois.

L’heure est désormais à la discussion à Montréal. Les représentants étudiants et le gouvernement ont entamé, lundi 28 mai, des négociations pour trouver une sortie à la crise qui paralyse le Québec depuis près de quatre mois. Ce mardi, les pourparlers reprennent dans une ambiance électrique alors que la police a procédé à des arrestations massives lundi soir.

La chronologie des faits

A l’origine de cette grogne, la hausse des frais de scolarité dans le secondaire. Mais le conflit amorcé en début d’année s’est durci après le vote d’une loi qui limite ou du moins encadre le droit de manifester. Elle prévoit notamment la suspension des cours dans les universités en grève, l’obligation de déclarer préalablement les détails des manifestations à la police, et fixe des amendes conséquentes en cas de non-respect de ces règles.

En tout cas, elle a mis le feu aux poudres. De nombreux Québécois, notamment avocats et juristes, ont rejoint le mouvement pour dénoncer cette loi qu’ils jugent liberticide. A la tombée de la nuit, ils tapent sur des casseroles dans les rues des grandes villes pour afficher leur solidarité.

Les Québecois divisés

Pour autant, le mouvement divise fortement la population. Pas seulement les 8 millions de Québécois, mais aussi les habitants des autres provinces du Canada. La presse anglophone se fait tout particulièrement l’écho de l’incompréhension de certains Canadiens qui jugent que ce mouvement est un "caprice d’enfants gâtés".

Si on prend les chiffres, les droits de scolarité québécois sont actuellement deux à trois fois inférieurs à ceux de la zone nord-américaine. La réforme contestée prévoit de les augmenter de 1780 dollars sur sept ans, ce qui revient à une hausse d’environ 250 dollars par an. Ainsi, les frais de scolarité devront, à terme, atteindre 4000 dollars par an. Aux Etats-Unis, par exemple, l’université coûte en moyenne 6500 dollars par an, sans compter l’hébergement sur le campus.

Dans ce contexte, une partie des voisins du Québec s’insurge. Des journaux rappellent que la "Belle province" bénéficie déjà d'avantages économiques grâce au principe de péréquation en vigueur au Canada. Cette péréquation a pour but d’aplanir les inégalités, les provinces les plus riches, comme l'Alberta et ses champs pétrolifères, redistribuant une partie de leur richesse aux plus pauvres. Or le Québec, qui pâtit d’un des plus forts taux de chômage du pays, en est l'un des principaux bénéficiaires.

Rappelant ces faits, certains médias n’hésitent plus à qualifier le Québec de "Grèce du Canada". Ils dénoncent des revendications québécoises totalement hors de propos, et un refus de se plier à une austérité nécessaire.

Nina Godart