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Le nouveau filon financier de Daesh: spéculer sur le trading de devises

Selon un rapport britannique, le groupe Etat Islamique toucherait 20 millions de dollars par mois en jouant sur le marché des devises... et notamment en spéculant sur la hausse du dollar.

Selon un rapport britannique, le groupe Etat Islamique toucherait 20 millions de dollars par mois en jouant sur le marché des devises... et notamment en spéculant sur la hausse du dollar. - Sabah Arar - AFP

"Selon un rapport britannique dévoilé par le quotidien The Telegraph, Daesh gagne 20 millions de dollars par mois en spéculant sur les monnaies. Des opérations que les forces occidentales tentent de stopper en régulant mieux cette activité."

Près de 20 millions de dollars par mois! C’est ce que Daesh gagne en spéculant sur les monnaies, une activité visiblement florissante qui permet au groupe d’assurer le quart de ses rentrées d’argent mensuelles.

Jusque-là, les différents rapports établis sur les modes de financement de Daesh estimaient que le groupe disposait de 80 millions de dollars de budget mensuel, pour financer ses opérations de guerre, payer ses propres fonctionnaires, corrompre certains autres en Irak, en Syrie et en Turquie, et assurer son fonctionnement au quotidien.

Une source de financement "grossièrement" sous-estimée

Les rentrées d’argent issues du trafic de pétrole représenteraient 40% du total, la même proportion provenant des impôts, des taxes sur les transports et les activités d’extorsion de fonds, et 20% seraient issus du trafic d’oeuvres d’art volées en Irak et en Syrie, ainsi que divers dons d’investisseurs financiers soutenant la cause de l’EI.

Mais selon le président de la commission qui a édité le rapport britannique, John Baron, "on sous-estime grossièrement les intérêts que Daesh perçoit sur l’argent qu’il a volé", principalement celui accumulé après le pillage de la banque centrale irakienne et d’autres banques à Mossoul, lors de l’été 2014.

Commissions de transfert et marché des monnaies

Ainsi, Daesh avait un capital de départ évalué à 450 millions de dollars. Il a pu en faire fructifier une partie en organisant sa circulation à travers des réseaux de transfert locaux, aussi bien en Irak qu’en Syrie, en jouant sur les commissions sur les opérations cash.

Mais si on en croit les derniers rapports, c’est bien en spéculant directement sur les taux de changes que Daesh se sera le plus enrichi ces derniers mois. Notamment grâce au marché local des devises, organisé à la criée dans certaines rues des grandes villes d’Irak.

Comme le rappelle le rapport britannique, les transactions y sont fixées sur la base d’enchères sur de gros blocs de devises étrangères. Un système traditionnel qu’on retrouve également en Afghanistan, et qui, là-bas, a longtemps financé le régime des Talibans.

Daesh joue le dollar gagnant

Mais Daesh, en investisseur avisé, a pris conscience qu’au milieu des mouvements monétaires mondiaux, le dollar était sans doute la seule monnaie sur laquelle miser dans une optique de hausse de la rémunération, en anticipant les décisions de la FED en matière de relèvement des taux.

C’est en revendant la plupart des devises dont il disposait pour financer des achats en dollar que le groupe a pu toucher des intérêts conséquents sur son capital de départ, compte tenu en plus de la multitude de devises dont disposent les recrues du groupe quand elles arrivent en Irak ou en Syrie. Daesh a tout misé et donc tout gagné grâce à la fermeté de la devise américaine.

Mais désormais les forces occidentales et les autorités irakiennes vont tenter de couper cette voie de financement, en mettant bon ordre au système de changes. En décembre dernier, 142 organisations ont été interdites de participations aux enchères.

Raid sur la "banque centrale" de l’EI

Ainsi, en janvier, les forces aériennes américaines ont bombardé et détruit un bâtiment identifié comme la "banque centrale" de Daesh à Mossoul, à savoir un énorme entrepôt contenant de très grandes quantités d’argent liquide. Selon des rapports américains, "plusieurs centaines de millions ou quelques milliards" de dollars en liquide seraient ainsi partis en fumée. 

La coalition ne fait pas mystère de vouloir neutraliser l’arsenal financier de Daesh. Le prochain chantier sera sans doute le démantèlement du réseau de corruption qui touche le secteur bancaire irakien, où Daesh paye des fonctionnaires pour y faire blanchir et transférer ses capitaux.

Antoine Larigaudrie