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Le marché du SUV s'essouffle-t-il?

Malgré une croissance toujours dynamique, le segment des gros SUV notamment connaît une passe plus difficile.

Malgré une croissance toujours dynamique, le segment des gros SUV notamment connaît une passe plus difficile. - JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Malgré une croissance ininterrompue depuis quelques années et une part de marché autour des 40% en France et en Europe, certains indicateurs commencent à mettre en évidence une forme de plafonnement pour le segment.

L'apparition des SUV a remodelé le paysage automobile ces dix dernières années. Avec une croissance exponentielle aussi bien dans l'offre des constructeurs que du côté de la demande chez les automobilistes. Au dernier décompte, ce segment a signé une croissance de 32% sur l'année 2017, selon les données du cabinet spécialisé JATO Dynamics, pour capter une part de marché totale autour des 40% en Europe et sans doute autant en France.

Mais quelques données en cette fin d'année soulèvent la question d'un éventuel coup de frein sur le segment des SUV. La croissance depuis le début de l'année 2018 est un peu moins spectaculaire (elle atteint tout de même 23%) et on a même des signes de décrochage du côté des gros SUV, qui signent une baisse de 9% depuis le 1er janvier.

Rôle central chez les constructeurs

Certes, beaucoup de constructeurs, notamment allemands et haut de gamme, ont des stocks importants de SUV de grande taille, qui ont tendance à moins se vendre ces derniers mois. La faute, entre autres, à l'entrée en vigueur des nouvelles normes d'émission WLTP. Mais le vecteur de croissance et de marge que représentent ces véhicules pour les constructeurs en fait un enjeu majeur et tout signe de fébrilité est scrupuleusement analysé.

Faut-il craindre un tassement, voire un retournement violent dans les prochains mois ou les prochaines années ? Question d'autant plus pressante que ce type de véhicule, plus lourd et moins aérodynamique, se trouve directement concerné par les considérations actuelles autour de la consommation, des émissions polluantes et des choix de motorisation, face à des politiques environnementales de plus en plus restrictives à travers l'Europe.

Segment en évolution

« Certainement pas de tassement ou de retournement, ce serait une hérésie de le penser » estime Eric Saint Frison de CGI Finance et ancien patron de Ford en France. « On est au-delà des considérations de mode. C'est sociologique, ces 10-15 dernières années, la taille des voitures n'a fait qu'augmenter et les aspects pratiques et esthétiques des SUV se sont imposés auprès des automobilistes. Ils ne renonceront pas à une offre qui les séduit et à laquelle ils se sont habitués fermement. Le segment va continuer à croître, aucun doute ».

Du côté des analystes, les avis sont un peu plus nuancés. « En matière de croissance pure, on n'est sans doute pas au bout de l'histoire SUV », estime Aymeric Préaubert de Sycamore Asset Management. « Mais le segment du SUV en lui-même est en train d'évoluer. Au départ, c'étaient avant tout de gros véhicules à gros moteurs. Maintenant, les constructeurs les déclinent sur l'ensemble de leur gamme, même sur les plus petits modèles. Et c'est clairement une demande du consommateur ».

Marché plus sélectif

Une tendance qui, dans un premier temps, pourrait donc se traduire par une baisse d'intérêt pour les grands SUV et un rééquilibrage vers des modèles plus petits et moins gourmands en carburant. Phénomène en cours et qui pourrait expliquer le sentiment de tassement actuel.

« Il y a aussi des différences de stratégie chez les constructeurs, qui vont orienter le marché ces prochains mois », remarque Gaëtan Toulemonde, analyste automobile à la Deutsche Bank. « Les SUV sont toujours des best-sellers chez Peugeot et les nouvelles sorties vont se multiplier dans les mois à venir. Volkswagen, à terme, veut que 40% de sa gamme soit en format SUV, contre 25% aujourd'hui. Alors que chez Renault par exemple, aucune nouvelle sortie sur ce segment n'est prévue pour l'instant. Il y aura donc sans doute un rééquilibrage du marché en fonction des options stratégiques des constructeurs. Mais le mix-produit actuel est toujours largement favorable au format SUV ».

La clé dans le segment B

La clé de l'évolution de ce marché est sans doute à chercher du côté des SUV de segment B, les petits SUV. « C'est vraiment la colonne vertébrale du marché en ce moment » estime Nicolas Carron, expert valorisation à l'Argus Pro. « Il est même en train de mordre sur le marché des petites berlines et citadines », à l'image de DS par exemple, qui a décidé de remplacer sa DS3 par un modèle clairement taillé SUV, la DS3 Crossback. Ou du succès du Renault Captur, en train de grignoter des parts de marché à la célèbre Clio, voiture la plus vendue en France.

« Ce sont les considérations de coût du carburant, de consommation et d'émissions de CO² qui vont aussi ré-orienter le marché et le consommateur », continue Nicolas Carron. « C'est pour cela que les perspectives de croissance sont à chercher du coté des petits SUV, aux moteurs peu gourmands, et de plus en plus électrifiés ».

Nouvelles normes Euro7 en 2024

Le véritable horizon désormais semble être 2024 et l'entrée en vigueur des nouvelles normes antipollution Euro7. « Les critères d'émissions vont être entièrement revus et sans doute beaucoup plus précis » avertit Nicolas Carron. « Et là, on pourrait avoir un véritable effet négatif sur les SUV, naturellement plus lourds et plus gourmands que les berlines équivalentes. Comme les normes et les politiques publiques se décideront au gramme près en matière de CO² émis, il y aura peut-être des arbitrages plus favorables aux carrosseries plus classiques à taille équivalente. »

D'ici là, le marché des SUV restera très dynamique en France et en Europe, sans doute plus sélectif, mais en tout cas à l'abri d'un gros retournement, comme on a pu l'observer sur le segment des monospaces, pourtant si populaires au début des années 2000...