BFM Business

Le blanchiment via les cryptomonnaies sous surveillance

-

- - Pixabay

Les plateformes de cryptomonnaies seront désormais soumises à une série de règles visant à empêcher l'utilisation de ces instruments à des fins de blanchiment d'argent.

Il s'agit là de la première tentative de réglementation mondiale de ce marché en pleine croissance. Le Gafi, cet organisme intergouvernemental, demandera aux pays membres d'enregistrer et de surveiller les plateformes d'échange de cryptomonnaies. En clair, elles devront procéder à des contrôles de leurs clients et signaler toute transaction suspecte afin d'éviter que les monnaies numériques servent à des fins criminelles.

Une conséquence de l'utilisation croissante des cryptomonnaies pour blanchir de l'argent. Une utilisation constatée par Europol, une agence européenne qui facilite l'échange de renseignements entre polices nationales. Les cryptomonnaies sont de plus en plus utilisées pour effectuer des transferts transfrontaliers et fractionner de gros transferts d'argent en de plus petites sommes, plus difficiles à détecter.

L'agence a récemment démantelé un cartel espagnol de la drogue qui blanchissait de l'argent via deux ATM crypto, des machines qui délivrent des cryptomonnaies en échange de cash. « Nous avons aussi enquêté sur le dark web dans lequel les paiements sont effectués en cryptomonnaies, parfois en bitcoins, et ils passent à des cryptomonnaies plus anonymes », selon Simon Riondet, responsable des renseignements financiers à Europol.

Les cryptomonnaies dites de confidentialité, telles que Monero par exemple, autorisent ses utilisateurs à dissimuler presque tous les détails des transactions. La décision du Gafi s'inscrit donc dans un contexte d'inquiétude croissante concernant un secteur revendiqué par certains comme étant un moyen de s'affranchir des contrôles étatiques, mais perçu par les banques centrales comme une menace potentielle pour leur statut de garants du système financier.

« Libra », la future cryptomonnaie de Facebook suscite la polémique

Facebook avait suscité des critiques des régulateurs et de responsables politiques en dévoilant ce mardi son projet de cryptomonnaie baptisée « Libra ». Trois banques centrales européennes ont réclamé une supervision pour s'assurer qu'elle ne mettrait pas en péril le système financier ni ne serait utilisée pour blanchir de l'argent. Le chef de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, a lui estimé que les jetons virtuels indexés sur les monnaies officielles, appelés « monnaies stables », pourraient nuire aux banques si elles étaient largement utilisées.

Cette initiative du Gafi, crée il y a 30 ans pour lutter contre le blanchiment d'argent, représente la première tentative au niveau mondial de réglementer le marché des cryptomonnaies, évalué à 300 milliards de dollars. La part du blanchiment reste elle difficile à mesurer.

Global Digital Finance, un organisme représentant les entreprises liées aux cryptomonnaies dans le monde, a salué ces nouvelles règles du Gafi. Mais sa directrice générale Teana Baker-Taylor souligne que ses recommandations visant à obliger les entreprises à inclure dans les transactions des détails sur les fournisseurs et les bénéficiaires pourraient être difficiles à respecter.

Sandrine Serais