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La polémique sur l'existence du Parlement de Strasbourg est relancée

Trois députés veulent le transfert du siège strasbourgeois du Parlement européen

Trois députés veulent le transfert du siège strasbourgeois du Parlement européen - -

La Commission européenne a décidé, jeudi 28 février, de laisser la liberté de parole à trois commissaires favorables à un siège unique à Bruxelles. Argument en leur faveur : le coût du Parlement strasbourgeois, évalué à 51,5 millions d’euros.

L’existence du Parlement européen de Strasbourg reste menacée. La Commission européenne a défendu, ce jeudi 28 février, le droit à "la liberté de parole" pour trois commissaires européens qui ont demandé de transférer de Strasbourg à Bruxelles le siège du Parlement européen.

Ces trois commissaires européens sont parmi les plus réputés : le Finlandais Olli Rehn (Affaires économiques et monétaires), le Belge Karel De Gucht (Commerce) et la Néerlandaise Neelie Kroes (Agenda numérique). Ils ont signé, lundi 25 février, un manifeste des Libéraux européens demandant aux dirigeants européens d'"étudier les options" pour opérer le transfert.

Une guerre de chiffres

Les pressions pour créer un siège unique à Bruxelles demeurent fortes. Car l'existence de deux sièges a bel et bien un coût.

En 2011, le rapport A tale of two cities (Le conte de deux villes) du député européen britannique, Edward McMillan, fait grand bruit, en avançant une estimation comprise entre 169 et 203 millions d’euros par an, ainsi qu’une empreinte carbone de 18.884 tonnes de Co2 liée aux différents déplacements.

Mais en février 2012, une étude de l’Association européenne des jeunes entrepreneurs (AEJE) vient remettre en cause ces chiffres. L’AEJE affirme que le vrai coût du siège strasbourgeois tourne davantage autour de 50 millions d’euros par an, s’appuyant sur un rapport du secrétariat général du Parlement européen de 2011.

Empreinte carbone

Ce dernier document confirme effectivement ces estimations : "le coût annuels des infrastructures strasbourgeoises s’élève à 33,5 millions d’euros [en 2010, ndlr]", écrit le secrétariat général, avant d’ajouter que "les coûts supplémentaires opérationnels pour 12 sessions à Strasbourg, par rapport à Bruxelles, sont de 18 millions d’euros, soit un total de coûts spécifiques de Strasbourg de 51,5 millions d’euros". Dans le détail (voir chiffres) cette différence s’explique essentiellement par des frais de missions. Quant à l’empreinte carbone, elle s’élève à 1.533 tonnes de Co2.

Par ailleurs, ces estimations ne tiennent pas compte des retombées économiques du Parlement pour la région strasbourgeoise. La communauté urbaine de Strasbourg (CUS), la structure intercommunale de l'agglomération strasbourgeoise, nous explique que cet impact "est extrêmement difficile à chiffrer", car "il est compliqué d’isoler les revenus induits par le seul Parlement européen", alors que la ville de Strasbourg compte de nombreuses autres institutions européennes (Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’Homme).

Toutefois, une étude de janvier 2011 du cabinet EPR, estimait à 20,1 millions d’euros le chiffre d’affaires généré chaque année par les sessions parlementaires dans la région strasbourgeoise. Une somme qui profite "quasi-exclusivement", selon le cabinet, au secteur de l’hôtellerie-restauration, qui , du coup, est relativement dépendant de l’activité du Parlement européen.

Le site Euractiv.fr rapporte ainsi, qu’en 2008, l’annulation de deux sessions à Strasbourg avait engendré une perte de presque 20% du chiffre mensuel par établissement hôtelier.

Julien Marion