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La dépense publique doit être massive pour éviter que la récession se transforme en dépression, estime Esther Duflo

Esther Duflo

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La prix Nobel 2019 d'Economie valide les plans de soutien et de relance mis en place par les gouvernements, notamment en Europe.

Ce n'est pas le moment de se poser des questions de déficit public ou de dette: il faut ouvrir grand les vannes de la dépense pour juguler les effets économiques de la crise du coronavirus. Tel est le message délivré par Esther Duflo, prix Nobel 2019 d'Economie.

Sur France Inter, la professeure au prestigieux MIT valide ainsi pleinement les plans de relance et de soutien de centaines de milliards d'euros mis en place par les gouvernements, notamment en Europe.

"Le moment keynésien par excellence"

"Quand on a une grosse crise de demande comme aujourd'hui, il faut injecter des ressources dans l'économie", ce qui suppose pour les gouvernements qui le peuvent "d'emprunter massivement et de stimuler l'économie autant que possible", a-t-elle insisté.

Esther Duflo estime que "c'est vraiment le moment keynésien par excellence", en référence à l'économiste anglais John Maynard Keynes qui avait prôné l'interventionnisme de l'Etat tous azimuts après la crise financière de 1929.

"Il s'agit de savoir si on aura plutôt la crise de 2008 ou celle de 1929", qui avait durablement plombé l'économie mondiale, et "la différence viendra de la volonté de dépenser beaucoup d'argent aujourd’hui, de manière juste".

Selon elle, "dépenser plus d'argent à la fois pour lutter contre le virus (...) et pour essayer de mitiger au maximum l'impact économique, cela fait économiser de l'argent en fait".

Faute de quoi, la crise risque de devenir "plus mortelle, et d'un point de vue strictement financier, plus grave", avec un "effet boule de neige", et dans ce cas "on passe d'une récession à une dépression, dont les ravages économiques sont beaucoup plus forts et plus longs".

Ne pas s'inquiéter de la facture

Esther Duflo a par ailleurs balayé les craintes sur l'endettement public: pour l'heure, les gouvernements "peuvent emprunter à taux extrêmement faibles" et "si on a beaucoup d'argent à dépenser, on a aussi beaucoup de temps pour rembourser".

"Il n'y a absolument pas à s'inquiéter de la facture pour l'instant, c'est le dernier de nos soucis", insiste-t-elle, mettant en garde contre un retour prématuré à "une orthodoxie un peu frileuse" sur les déficits.

Pour Esther Duflo, la crise serait l'occasion d'encourager un système d'imposition "extrêmement progressif" dans les pays développés: "Comment financer à la fois les transferts aux plus pauvres, qui leur permettront de soutenir leur consommation, et les systèmes de santé qu'il va falloir reconstruire? Le financer par l'impôt sur les hauts revenus (...) semble le moyen le plus raisonnable et le plus réaliste".

OC avec AFP