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La croissance chinoise au plus bas, un mal pour un bien?

La croissance chinoise a été bien plus faible en 2014 que les taux à deux chiffres auxquels le pays été habitué.

La croissance chinoise a été bien plus faible en 2014 que les taux à deux chiffres auxquels le pays été habitué. - WANG ZHAO - AFP

La Chine a vu son PIB croître de 7,4% en 2014, son plus faible niveau de croissance depuis 24 ans. Mais selon Pékin et nombre d'analystes, ce ralentissement n'est pas forcément une mauvaise chose.

Le chiffre pourrait inquiéter. Le PIB chinois a progressé de "seulement" 7,4% en 2014, a annoncé le 20 janvier le Bureau national des statistiques (BNS). Un taux qui rendrait heureux une majeure partie de pays européens, mais il est très loin des sommets de la dernière décennie.

Le géant asiatique signe là sa plus faible croissance annuelle depuis près d'un quart de siècle, année ayant suivi la répression du mouvement Tiananmen. Plus faible aussi que 2013, où la croissance avait atteint 7,7%.

Les nuages qui ont assombri 2014 peinent à se dissiper, alors que deux moteurs du PIB continuent de s'essouffler: un marché immobilier à la peine, et des exportations plombées par la morosité internationale, sur fond de demande intérieure terne.

Avec un PIB de 63.650 milliards de yuans (10.240 milliards de dollars) en 2014 selon le BNS, la Chine reste toujours loin derrière les Etats-Unis: le PIB américain était évalué en 2013 à 16.800 milliards de dollars.

Un effort de "rééquilibrage de l'économie"

Pékin s'était fixé pour 2014 un objectif officiel d'"environ +7,5%", mais s'était efforcé ces derniers mois d'en minimiser l'importance. Signe que les prospères années de croissance à deux chiffres -jusqu'à un sommet de +14,2% en 2007- sont bien révolues. Le gouvernement insiste volontiers sur ses efforts pour rééquilibrer et rendre "plus durable" son modèle économique.

Objectif affiché: rogner les monopoles des groupes publics et les sévères surcapacités industrielles, endiguer les dettes des gouvernements locaux et les onéreux projets d'infrastructures, tout en dopant la consommation intérieure, quitte à voir la croissance se modérer. Le gouvernement chinois estime ainsi que ce taux en berne illustre les efforts de "rééquilibrage" du pays. Une théorie qui convainc Florence Barjou, stratégiste chez Lyxor AM, sur BFM Business mardi.

"Il y a encore un an, le marché avait très peur d'un scénario noir avec un atterrissage brutal de la croissance chinoise. Finalement, le pays s'en sort plutôt bien. Il réoriente son économie vers la demande interne, il règle des problèmes importants – la bulle immobilière, l'excès de crédit, la finance de l'ombre, la corruption. Dans le même temps, Pékin mène des réformes structurelles. Tout cela en parvenant à maintenir leur croissance à un niveau proche de leur objectif. Les analystes du FMI, qui a révisé lundi les objectifs de croissance de la Chine, admettent eux-mêmes que cette baisse est voulue par les autorités chinoises, donc que ce n'est pas forcément un mal".

La consommation des ménages se consolide

La production industrielle chinoise a gonflé de 8,3% en 2014, un ralentissement marqué après +9,7% l'année précédente, selon le BNS. Indicateur-clef publié récemment, la consommation d'électricité a grimpé de 3,8% l'an dernier contre un bond de 7,5% en 2013.

Mais les chiffres de la croissance "ne sont pas trop mauvais", tempérait Liu Li-gang, analyste de la banque ANZ. Pour lui, la contribution accrue du secteur des services, au détriment de l'industrie et de la construction, "reflète les évolutions structurelles en cours".

Les investissements en capital fixe, qui mesurent les investissements dans les infrastructures, ont grimpé de 15,7% en 2014, soit bien moins qu'en 2013 (+19,6%). Le BNS a par ailleurs fait état de chiffres encourageants pour décembre: la production industrielle a accéléré le mois dernier, progressant de 7,9% sur un an, tandis que les ventes au détail se ressaisissaient (+11,9% sur un an), suggérant une consolidation de la consommation des ménages.

Les statistiques "suggèrent que le ralentissement des investissements est en partie compensé par le sursaut dans la consommation et les services", abondait Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics, observant que le marché du travail -priorité du gouvernement- "résiste étonnamment bien".

De l'avis général, le répit de fin 2014 devrait rester temporaire: les analystes tablent sur une croissance économique de 7% en 2015... ce qui pourrait être le futur objectif officiel de Pékin.

N.G. avec AFP