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L’inventeur de l’arnaque au Président révèle comment il a blanchi son butin

Pour blanchir l'argent des escroqueries, Gilbert Chikli passe par la Chine où il achète des produits en demandant au vendeur de gonfler la facture. Il obtient ainsi des factures en bonne et due forme. Ainsi, "tout est propre", résume l'inventeur de l'arnaque au président.

Pour blanchir l'argent des escroqueries, Gilbert Chikli passe par la Chine où il achète des produits en demandant au vendeur de gonfler la facture. Il obtient ainsi des factures en bonne et due forme. Ainsi, "tout est propre", résume l'inventeur de l'arnaque au président. - Capture vidéo i24News

"Escroquer des centaines de millions d’euros est une chose. Encore faut-il pouvoir les dépenser... Dans une interview édifiante, le Français Gilbert Chikli explique comment il a blanchi 90% de son butin grâce à la Chine."

La Chine est-elle devenue le paradis des escrocs? Non, affirment les autorités chinoises. Mais les révélations faites par Gilbert Chikli à Associated Press les mettent dans une situation délicate. L'homme a raflé pendant deux ans en France des centaines de millions d’euros à une centaine d’entreprises dont la Banque Postale, le Crédit Lyonnais, les Galeries Lafayette ou Disneyland Paris.

La technique qu’il a mise au point -l’arnaque au président- consiste à appeler une entreprise en se faisant passer pour son dirigeant et à exiger un transfert de fonds à la fois exceptionnel et confidentiel.

Cette technique a fait de son auteur une icône qui a même inspiré les scénaristes de films. En France, Gilbert Chikli a été condamné par contumace à 7 ans de prison et à 1 million d'euros d'amende. Il vit actuellement en Israël, à l'abri, puisque l'État hébreu refuse de l'extrader.

90% de son butin a été blanchi en Chine

Selon le FBI, il aurait dérobé un total de 1,8 milliard de dollars dans plusieurs pays. Mais un mystère restait à résoudre. Comment Gilbert Chikli a-t-il pu recycler cet argent sale? Ce dernier a expliqué sa méthode lors d’un entretien de quatre heures à Associated Press. Et s'il dit vrai, 90% de son butin a été blanchi en Chine et à Hong Kong grâce à ce qu’il appelle un "schéma d’import-export" passant par des canaux officiels et légaux.

Le principe consiste à acheter des marchandises (vêtements, or, matières premières…) en demandant au vendeur de gonfler la facture. Il donne pour exemple l’achat de 20 tonnes d’acier pour lesquelles il obtient un reçu pour 100 tonnes. Une fois les marchandises revendues, les sommes récupérées sont transférées en Israël avec, en guise de justificatif, les factures chinoises. "Tout est propre", se vante Gilbert Chikli qui résume l’opération en indiquant que "la Chine est devenue une passerelle internationale universelle pour toutes sortes d'escroqueries".

Une méthode rapide, sûre et fiable

Gilbert Chikli n’est pas l’inventeur de cette méthode, qui d’un tour de passe-passe transforme de l’argent sale en argent propre. Selon des documents judiciaires des polices européenne et américain auxquels Associated Press a eu accès, la Chine est devenue une blanchisserie financière internationale utilisée par "les gangs en provenance d'Israël et d'Espagne ainsi que par les cartels de la drogue d'Afrique du Nord et d’Amérique latine".

Selon Global Financial Integrity, une association basée à Washington, la Chine est même l’un des plus grands exportateurs d’argent sale de la planète. Pour l’un de ses membres, John Cassara, un ancien agent de renseignements du département du Trésor des États-Unis, la technique de blanchiment est longtemps restée interne au pays, mais sert désormais à la délinquance internationale. Et rien ne l'étonne dans les révélations de Gilbert Chikli: "Le monde entier sait que la Chine est une plaque tournante de blanchiment d’argent", affirme John Cassara.

"Rapide, sûr et fiable"

Selon des documents d’Europol consultés par AP, la méthode Chikli est celle qu’utilisent "les commerçants chinois pour transférer des fonds vers la Chine". Toujours selon ces sources, c’est "la méthode la plus rapide, la plus sûre et la plus fiable".

Sollicités par AP, la Banque centrale et la police chinoises ont refusé de commenter ces déclarations. La seule réaction vient de Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, qui a démenti les affirmations de Gilbert Chikli. Pour Hong Lei, la Chine n'a jamais été et n'est pas un centre mondial de blanchiment de revenus illégaux.

Pascal Samama