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L'étrange participation de la Corée du Nord au forum de Davos

Le leader nord-coréen Kim Jong-un voudrait moderniser l'économie de son pays qui est une des plus fermées au monde.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un voudrait moderniser l'économie de son pays qui est une des plus fermées au monde. - Toshifumi Kitamura - KCNA -AFP

La Corée du Nord s'apprêterait à envoyer une délégation au forum économique de Davos qui se tient à la fin du mois. Un présence a priori incongrue pour l'une des économies les moins développées au monde.

Cela pourrait être la principale attraction de Davos. L'édition 2016 du Forum économique mondial qui se tiendra du 20 au 23 janvier dans la luxueuse station de ski helvétique accueillerait en effet une délégation nord-coréenne. Selon l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, le pays serait en pourparlers avec les organisateurs de la rencontre. Une information que confirme le quotidien suisse Le Temps qui a interrogé les organisateurs du Forum qui ne donnent "pas plus de détails à ce stade".

Selon l'agence sud-coréenne, c'est Ri Su-yong, le ministre des Affaires étrangères en personne qui ferait le déplacement. Un diplomate qui connaît bien la Suisse puisqu'il y a passé une vingtaine d'années en tant qu'ambassadeur et représentant de son pays aux Nations Unies à Genève. Ce proche du leader nord coréen est souvent décrit comme un père de substitution pour Kim Jong-un notamment lorsque ce dernier étudiait dans une école suisse. 

Un PIB par habitant 14 fois moindre qu'au sud

Si ce n'est pas la première fois dans son histoire que la Corée du Nord fait le déplacement au Forum économique mondial, elle n'y était plus représentée depuis 18 ans. Il faut dire que la présence de représentants de ce pays est un peu incongru dans ce temple du libéralisme mondial. Dans ses statuts, la fondation qui organise le Forum depuis 1971 précise en effet que son but est "d'agir toujours dans l'esprit de l'entrepreneuriat en combinant les forces de la pensée créatrice, les initiatives innovantes, l'intégrité intellectuelle avec la volonté de faire progresser la paix et la prospérité dans le monde." On est a priori loin du credo économique de la Corée du Nord longtemps basé sur l'autosuffisance et la limitation des échanges avec l'étranger. Une politique qui a fait du peuple nord-coréen l'un des plus pauvres de la planète avec un PIB par habitant estimé en 2011 à 1.800 dollars, soit 14 fois moins que celui de son voisin du sud.

La Corée du Nord tente toutefois d'infléchir cette ligne dure depuis quelques années. Depuis 2002, Pyongyang a entrepris quelques réformes de libéralisation afin de moderniser son économie. Les entreprises peuvent par exemple désormais fixer elles-mêmes le prix de certains produits et disposent de marges de manoeuvre concernant leur politique salariale (les salaires pour tout le pays étaient auparavant fixés par l'État). Surtout, le pays s'est ouvert depuis quelques années aux capitaux étrangers. Une tendance qu'entend renforcer le jeune leader nord-coréen de 32 ans. Lors de son discours du nouvel an, Kim Jong-un a insisté sur le développement économique de son pays. "Nous devons concentrer tous nos efforts sur la construction d'un géant économique en vue d'une nouvelle étape dans le développement de l'économie du pays et l'amélioration du niveau de vie du peuple," a-t-il ainsi affirmé.

Personnalité trouble et complexe, le chef d'État nord coréen serait féru de culture occidentale et notamment d'informatique selon les quelques informations qui peuvent filtrer. Il n'en reste pas moins un dictateur sanguinaire qui multiplie les purges politiques depuis son accession au pouvoir en 2011. Selon les médias sud-coréens, Kim Jong-un aurait procédé à quelque 70 exécutions de dignitaires ces cinq dernières années.

Frédéric Bianchi