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L’Amérique latine conteste la conception extensive du terrorisme par les Etats-Unis

La croissance de l'économie américaine a été révisée en légère baisse au deuxième trimestre.

La croissance de l'économie américaine a été révisée en légère baisse au deuxième trimestre. - Mark Thompson - AFP

Les Latino-Américains redoutent une altération du droit international, qui serait destinée à justifier une éventuelle opération militaire des États-Unis invoquant une menace terroriste.

On est là dans un débat de doctrine entre juristes internationaux. D’une portée essentielle pour les Latino-Américains. Le conseiller juridique de la représentation permanente du Mexique auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU), Pablo Arrocha Olabuenga, formule sa mise en garde dans un forum spécialisé de l’Ecole de droit de l’Université de New York : « Le droit international ne devrait pas et ne peut pas être défini par quelques-uns. Il est essentiel de prendre en compte les vues de tous les États sur une question qui concerne la paix et la sécurité de la communauté internationale tout entière ».

Son article, publié mardi, reflète des craintes exprimées en Amérique latine que les Etats-Unis n’usent de l’argument du terrorisme afin de recourir à la force en situation de légitime défense, au sens de la Charte de Nations unies dans son article 51.

Venezuela, cible désignée

Le Venezuela de Nicolas Maduro apparaît comme la cible première. En février, le chef de la diplomatie américaine a déploré « une présence de cellules actives du Hezbollah » sur le territoire vénézuélien. Et Mike Pompeo de prévenir, face à ce groupe politico-militaire allié de l’Iran (placé par Washington sur sa liste des organisations terroristes) : « Nous avons l’obligation de réduire ce risque ». 

Il n’est pas seulement question du Venezuela. Cinq jours plus tard, dans un entretien à une radio publique américaine, l’amiral Craig Faller, fraîchement nommé à la tête du US Southcom, le commandement militaire des Etats-Unis pour la zone Amérique latine, a évoqué , une autre « menace », celle du « retour » de djihadistes originaires des Caraïbes, partis de Trinidad-et-Tobago, Haïti, Barbade ou bien de Jamaïque pour combattre en Syrie.

Conception du terrorisme

Les États-Unis élargissent, par ailleurs, leur conception de la notion de terrorisme. Le mois dernier, le président Donald Trump a assuré « penser très sérieusement » à désigner les cartels mexicains de la drogue comme organisations terroristes, sachant qu'une proposition de loi républicaine venait d'être introduite à la Chambre des représentants.

Interrogé par le quotidien britannique « The Guardian », un diplomate latino-américain redoute cette perspective, en expliquant que « le crime organisé transnational est un acteur non étatique [en Amérique latine]. Si d'autres États peuvent dire que cela menace leur paix et sécurité internationales, cela est très dangereux ».

En octobre dernier, la représentation permanente du Salvador à l'ONU, au nom de l'ensemble des 33 membres de la Communauté d'Etats latino-américains et caraïbes (Celac), a communiqué une déclaration de 4 pages réclamant que cessent les multiples invocations de menaces de groupes non étatiques, potentiellement destinées à légitimer le recours à la force armée en territoire étranger. « Au cours des dernières années » , peut-on lire, « les mots terrorisme, extrémisme, radicalisation, combattants étrangers, entre autre, ont été utilisés. Leurs contours restent juridiquement incertains ». Et d'appeler donc à un travail de codification par une convention internationale. 

Précédents juridiques

Autre facette de l'évolution en cours à Washington, la Maison-Blanche accuse, à présent, les forces de sécurité mexicaines de se montrer « incapables ou bien réticentes » à stopper les colonnes de migrants d'Amérique centrale qui remontent vers la frontière des États-Unis. Or, c'est le critère de l'incapacité ou du refus d'agir de certains pays qu'a avancé l'administration de George W. Bush dans sa « guerre contre le terrorisme ». Le service juridique du Département d'Etat américain a commencé à tenter de le formaliser en 2007, en s'adressant aux plus proches alliés, dont l'Australie, le Canada et le Royaume-Uni.

La doctrine de l'ONU est, depuis, irriguée dans ce sens. Le juriste mexicain Pablo Arrocha Olabuenga regrette dès lors que le système des Nations unies ne fasse pas convenablement la transparence sur les documents juridiques transmis à cet effet par les puissances occidentales.