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L'affaire des ravitailleurs tend les relations Paris-Washington

Le Premier ministre François Fillon, en visite mercredi à Berlin, a dénoncé un "manquement grave" de l'administration américaine aux règles d'une "concurrence loyale", après la mise à l'écart d'EADS dans le marché des avions ravitailleurs de l'US Air Forc

Le Premier ministre François Fillon, en visite mercredi à Berlin, a dénoncé un "manquement grave" de l'administration américaine aux règles d'une "concurrence loyale", après la mise à l'écart d'EADS dans le marché des avions ravitailleurs de l'US Air Forc - -

PARIS/BERLIN - La mise à l'écart d'EADS dans le marché des avions ravitailleurs de l'US Air Force menace de tendre les relations...

PARIS/BERLIN (Reuters) - La mise à l'écart d'EADS dans le marché des avions ravitailleurs de l'US Air Force menace de tendre les relations franco-américaines, à trois semaines d'une visite du président Nicolas Sarkozy à Washington.

Le Premier ministre français François Fillon, en visite à Berlin, a dénoncé un "manquement grave" de l'administration américaine aux règles d'une "concurrence loyale".

"Le gouvernement américain - je le dis - a obligé EADS à quitter la compétition pour les ravitailleurs de l'armée américaine", a-t-il déclaré dans un discours.

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes a pour sa part annoncé que cette affaire n'en resterait pas là et que le mot "scandale" était "faible".

"Il n'y a pas de raison qu'une technologie, d'ailleurs supérieure à la technologie américaine, soit écartée d'un marché", a dit Pierre Lellouche après le conseil des ministres.

Le groupe aéronautique européen EADS et son allié américain Northrop Grumman ont dû se retirer d'un appel d'offre qu'ils avaient d'abord remporté mais qui a été annulé sous la pression de Boeing, désormais seul en lice.

Dans une interview publiée par Le Figaro, le président d'EADS, Louis Gallois, juge le nouvel appel d'offre "clairement en faveur du Boeing B767", plus petit que l'Airbus A330.

SARKOZY VA ÉVOQUER L'AFFAIRE AVEC OBAMA

L'Allemagne, partenaire de la France dans EADS, avait déjà accusé mardi les Etats-Unis de s'être rendus coupables de protectionnisme en retaillant un appel d'offre sur mesure pour Boeing. Berlin a invité Washington à en revoir les modalités.

Le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, a pour sa part jugé "hautement regrettable" qu'EADS et Northrop Grumman soient de facto écartés.

Le ministère français des Affaires étrangères a averti mardi que la France, ses partenaires européens et la Commission européenne examineraient les "possibles implications" de ce nouveau développement.

Le porte-parole du gouvernement français a déclaré mercredi que Nicolas Sarkozy aurait l'occasion d'évoquer ce dossier avec le président américain Barack Obama lors de son prochain voyage aux Etats-Unis, fin mars.

Lors du compte rendu du conseil des ministres, Luc Chatel, a estimé que les règles de l'appel d'offre avaient été modifiées "dans des conditions discutables".

"Nous regrettons que cette nouvelle décision des Américains conduise à un dialogue des autorités américaines avec un fournisseur unique", a-t-il ajouté.

Pierre Lellouche, pourtant connu pour ses convictions atlantistes et pro-américaines, a été plus sévère encore.

"C'est absolument incompatible avec les règles de droit", a-t-il dit. "Quand un contrat est signé, qu'il est ensuite dénoncé (...), que les spécifications soient réécrites pour favoriser l'avion américain, qu'ensuite on se livre à des pressions, que l'offre européenne soit obligée de se retirer, je trouve qu'on a dépassé les bornes."

"Ce n'est pas la peine, ensuite, de demander aux Européens de contribuer à la défense globale, de se mobiliser pour la défense commune, si on leur dénie le droit d'avoir une industrie de défense qui puisse travailler des deux côtés de l'Atlantique", a ajouté le ministre français.

"NOUS ALLONS RÉAGIR"

Pierre Lellouche a qualifié cette affaire d'"affront" pour la France et pour toute l'Europe.

"Mais nous allons réagir", a-t-il poursuivi. "Il y aura des conséquences (...) Cette affaire n'est nullement close."

Il a lui aussi précisé Nicolas Sarkozy interviendrait sur cette question "le moment venu".

L'installation par EADS d'une usine d'assemblage à Mobile, dans l'Alabama, Etat du sud des Etats-Unis, n'est plus d'actualité dans la mesure où elle était destinée aux ravitailleurs, déclare Louis Gallois dans le Figaro.

"Cette décision ne remet pas en cause notre intérêt global pour le marché américain. Nous devons nous y développer", ajoute cependant le président d'EADS. "Pour le moment, nous regardons plutôt des acquisitions de taille moyenne (...) Au-delà de la défense, nous portons un intérêt particulier aux services et à la sécurité."

Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou, avec Sophie Louet à Berlin, édité par Yves Clarisse