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L'accès à l'eau de l'Afghanistan, un enjeu de sécurité majeur

Dans une rue de Kaboul. Après des décennies de guerre qui ont mis à mal les infrastructures du pays, l'approvisionnement en eau de l'Afghanistan représente l'un des enjeux de sécurité majeurs des années à venir, préviennent des responsables afghans et étr

Dans une rue de Kaboul. Après des décennies de guerre qui ont mis à mal les infrastructures du pays, l'approvisionnement en eau de l'Afghanistan représente l'un des enjeux de sécurité majeurs des années à venir, préviennent des responsables afghans et étr - -

par Sayed Salahuddin KABOUL - Après des décennies de guerre qui ont mis à mal les infrastructures du pays, l'approvisionnement en eau de...

par Sayed Salahuddin

KABOUL (Reuters) - Après des décennies de guerre qui ont mis à mal les infrastructures du pays, l'approvisionnement en eau de l'Afghanistan représente l'un des enjeux de sécurité majeurs des années à venir, préviennent des responsables afghans et étrangers.

De lourds investissements sont nécessaires pour construire des barrages et moderniser les réseaux d'irrigation si le pays ne veut pas faire face à une grave pénurie, disent-ils.

Deux tiers des ressources en eau du pays issues de la pluie et des fontes profitent aux pays voisins, une situation à laquelle il faut remédier rapidement si l'Afghanistan veut subvenir à terme aux besoins d'une population en pleine croissance, déclarait récemment à Reuters le vice-ministre de l'Eau et de l'Energie.

"Dans 30 ans, la population aura doublé, tout comme nos besoins en eau, en nourriture et en électricité", précisait Shujauddin Ziayee.

Pays enclavé, l'Afghanistan a une longue histoire de querelles avec ses pays voisins concernant l'approvisionnement en eau.

"Au total, les pluies et les chutes de neige représentent 57 milliards de mètres cube d'eau par an en Afghanistan. Malheureusement, entre 30 et 35% de cette eau peut être utilisée en Afghanistan, le reste finissant dans les pays voisins", poursuit le ministre.

UN AFGHAN SUR QUATRE A ACCÈS À L'EAU POTABLE

Cette déperdition explique que seuls 25% des 28 millions d'Afghans ont accès à de l'eau potable et que le pays ne produit qu'un pour cent des 23.000 mégawatts d'hydroélectricité dont il a besoin. De même, le pays manque d'eau pour son agriculture.

Selon un rapport de l'institut européen Est-Ouest publié l'an dernier, la quantité de terres arables irriguées a diminué de moitié par rapport à 1979, date de l'invasion soviétique.

"L'absence quasi totale de coopération bilatérale ou régionale sur l'eau entre l'Afghanistan et ses voisins est une menace sérieuse pour le développement durable et la sécurité dans la région", lit-on dans le rapport.

Selon Ziayee, qui cite des études gouvernementales réalisées depuis 2001, le pays a besoin de près de 11 milliards de dollars pour financer ses ambitieux projets d'infrastructures hydrauliques.

Or la communauté internationale, qui a dépensé des milliards de dollars dans la lutte contre les taliban, n'a consacré que peu d'argent à de tels projets.

L'Inde est une exception notable puisque New Delhi a dépensé quelque 150 millions de dollars pour la construction d'un barrage dans la province de Herat, proche de la frontière iranienne. Le projet de barrage Salma, à l'étude depuis les années 1970, a été lancé il y a quatre ans.

Cette année, Kaboul prévoit de lancer la construction de quatre petits barrages ailleurs dans le pays pour un coût de 110 millions de dollars, a dit Ziayee.

Le gouvernement afghan espère aussi lancer la première phase d'un barrage de 450 millions de dollars dans l'Est l'an prochain, ainsi qu'un autre dans l'ouest du pays.

Clément Dossin pour le service français