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Donald Trump déclenche la guerre du courrier

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Les Etats-Unis ouvrent un nouveau front dans leur conflit commercial avec la Chine : les colis postaux.

L’administration Trump compte sortir de l’Union postale universelle (UPU). Fondée par un traité de 1874, intégrée ensuite au système des Nations unies, l’UPU structure la libre-circulation mondiale du courrier entre 192 Etats membres. Pour Washington, il est temps de revoir de fond en comble un dispositif qui, de son point de vue, a permis aux Chinois d’inonder l’Amérique de petits colis de marchandises à peu de frais. La Maison-Blanche souligne que la recommandation d’adopter ses propres taux postaux aux frontières provient du ministère des Affaires étrangères. Mais à en croire le New York Times, l’impulsion revient à Peter Navarro, le principal conseiller commercial du président, théoricien d’un combat sans merci contre Pékin.

Une source officielle américaine explique, toutefois, qu’un maintien dans l’UPU reste envisageable si le taux préférentiel appliqué au courrier chinois de moins de 2 kilogrammes était normalisé d’ici au 1er janvier 2020. Il faudrait pour cela, aux termes du traité, que l’Etat chinois renonce au statut spécifique de pays en développement, qui donne droit à des avantages douaniers. Alignement que réclament également les transporteurs postaux américains.

« Regrets » chinois

Le Chinois n’entendent pas, pour l’heure, entrer dans ces considérations de statut douanier. Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Lu Kang, a exprimé jeudi des « regrets » que les Etats-Unis se retirent ainsi d’une institution internationale qui joue « un rôle positif dans la promotion de la facilitation des échanges ». Il ajoute que son pays continuera de travailler sur le sujet avec « toutes les parties concernées ». Donc, sur le principe, la renégociation peut s’engager.

L’issue du contentieux va aussi dépendre pour la Chine de sa propre évaluation des nouvelles règles américaines du jeu. Le South China Morning Post, quotidien de référence à Hong Kong, cite un universitaire qui assure que les sociétés chinoises de commerce en ligne ne seront pas affectées, tant elles ont suffisamment à faire avec leur marché national. Pas si sûr : un autre expert cité estime que nombre de petits distributeurs chinois dépendent de ventes directes vers les Etats-Unis. Toucher aux frais d’acheminement affectera forcément leurs flux. L’agence de presse étatique Xinhua en déduit « qu’il n’est pas clair si les consommateurs américains vont être confrontés à des prix plus élevés ».

Déconstruction de l’ordre multilatéral

Quoi qu’il advienne d’ici à 2020, les paquets individuels de moins de 2 kilogrammes, cela restera marginal au regard des 505 milliards de dollars de biens qui, en 2017, sont partis de Chine vers les Etats-Unis. On peut se référer aux travaux (d’une exceptionnelle clarté et accessibilité) effectués par l’Observatoire de la complexité économique de l’université du MIT. L’enjeu est de tout autre portée que le sort de l’Union postale universelle, il s’agit de l’entreprise américaine de déconstruction de l’ordre multilatéral. Le retrait de l’UPU survenant après ceux de l’Unesco, du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, de l’accord de Paris sur le climat et de divers autres pactes multilatéraux majeurs, en attendant éventuellement une sortie de l’Organisation mondiale du commerce, conçue selon le président Donald Trump, afin de « bousiller » l’Amérique.