BFM Business

Coup de blues des patrons allemands

Usine Porsche à Stuttgart

Usine Porsche à Stuttgart - Thomas Kienzle/AFP

Le moral des milieux économiques allemands chute lourdement revenant sur des niveaux de 2012

Le moral des investisseurs allemands s'est détérioré bien plus que prévu en octobre, montre l'enquête mensuelle publiée par l'institut ZEW, les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, les incertitudes entourant le Brexit et la situation politique en Allemagne alimentant les craintes pour les perspectives de la première économie d'Europe.

L'indice ZEW est tombé à -24,7 contre -10,6 en septembre. Les économistes interrogés par Reuters attendaient un indice en recul bien marqué, à -12, mais pas la chuite enregistrée finalement, le chiffre d’octobre est donc une réelle surprise, venant tuer dans l’œuf ce qui apparaissait comme un rebond sur août et septembre. Ce niveau de confiance est le plus faible enregistré en Allemagne depuis 2012. "Les attentes sur l'économie allemande chutent lourdement en raison de l'intensification du différend commercial entre les Etats-Unis et la Chine", a commenté Achim Wambach de l'institut ZEW repris par l’agence Reuters "Le risque d'un 'Brexit dur', qui devient de plus en plus probable, constitue une influence négative supplémentaire sur les perspectives concernant l'économie et les exportations", ajoute-t-il, le commerce avec la Grande Bretagne représente à lui seul 0,4 point de PIB

Inquiétudes politiques

Pour Achim Wambach, les incertitudes politiques en Allemagne sont un autre facteur expliquant le pessimisme croissant des investisseurs. "La situation de la coalition gouvernementale à Berlin est perçue comme étant plus instable, ce qui pèse aussi sur le sentiment économique", indique-t-il. La mesure n’a pas pu prendre en compte le résultat des élections en Bavière, mais ils ont été largement conformes aux sondages d’opinion enregistrés depuis plusieurs semaines. L’affaiblissement politique de la coalition au pouvoir devient donc un réel sujet de préoccupation pour les milieux économiques.

A la fin septembre, la fédération patronale allemande (BDI) , qui intervient très rarement dans le débat politique, avait affirmé que l’économie allemande risquait de payer le prix des manifestations nationalistes de Chemnitz, à l’est de l’Allemagne, « les nationalistes ont tort s’ils déclarent que tout ce qui est étranger est ennemi, c’est une menace pour le modèle économique de notre industrie qui se fonde sur l’ouverture » avait déclaré Dieter Kempf le « patron des patrons » allemand. Il insistait néanmoins sur la solidité de la demande intérieure, poussée par des hausses de salaire, et la solidité de l’investissement des entreprises, confrontées aux limites de leurs capacités de production

La semaine dernière, le gouvernement allemand a abaissé ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019, face notamment au risque d'escalade des tensions commerciales, passant de 2,3% à 1,8%, ajoutant que le secteur automobile n’était pas au bout des lourdes contraintes imposées par les nouvelles normes d’émissions polluantes. C’est bien d’ailleurs le poids politiques de l’Allemagne qui sera mis à l’épreuve dans les négociations européennes qui s’ouvrent pour de nouvelles normes. Raison de plus pour les investisseurs de s’inquiéter des déchirements dans la coalition d’Angela Merkel

La REDACTION