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Comment le Mexique décourage le BTP de bâtir le mur de Trump

Le géant mexicain du ciment Cemex se dit disposé à fournir du matériel pour la construction du mur frontalier.

Le géant mexicain du ciment Cemex se dit disposé à fournir du matériel pour la construction du mur frontalier. - Luis Acosta - AFP

Des officiels mexicains souhaitent interdire de marché public toute entreprise qui participerait à la construction du mur que le président Trump veut ériger sur la frontière américano-mexicaine.

L'opposition conservatrice mexicaine a décidé de mettre la pression sur les entreprises de BTP du pays. Elle veut les dissuader de participer à la construction du mur voulu par Donald Trump. La sénatrice de droite Gabriela Cuevas prévoit de lancer jeudi au Sénat un appel aux autorités mexicaines, nationales ou locales, à ne plus attribuer de contrat public aux entreprises qui seraient impliquées dans le projet frontalier controversé du président américain.

"Il est logique qu'en matière d'achats gouvernementaux à tous les niveaux, il ne soit plus signé aucun contrat avec des entreprises qui participent à la construction du mur" a expliqué mercredi cette sénatrice du Parti action nationale (PAN, droite). Gabriela Cuevas, qui est également présidente de la commission des relations extérieures du Sénat, a ajouté qu'une révision en ce sens des lois en matière de construction publique ou d'acquisition était en discussion.

Lafarge crée (encore) la polémique

La promesse de Donald Trump de construire un mur le long des quelque 3.000 kilomètres de frontière a provoqué l'indignation de la société mexicaine et déclenché une grave crise diplomatique entre les deux pays, le gouvernement mexicain refusant de payer ce mur comme l'exige le président américain. Les autorités américaines ont repoussé mercredi à une date indéterminée le dépôt de l'appel d'offres pour la construction du mur anti-clandestins. Dans une courte notification, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a affirmé "finaliser" cet appel d'offres et dit vouloir le publier "bientôt", sans donner plus de précisions.

La construction de cet ouvrage a attiré de grands groupes du BTP comme le franco-suisse LafargeHolcim, qui s'est déclaré prêt à vendre du matériel pour "tout type de constructions" aux États-Unis, suscitant la réprobation de la présidence française.

Des volontaires, des opposants, des hésitants

Le géant mexicain du ciment Cemex a quant à lui affirmé début mars que si on le sollicitait, il serait disposé à fournir du matériel pour la construction du mur frontalier. Elementia, en partie propriété du magnat mexicain Carlos Slim, a pour sa part catégoriquement refusé de participer à cet appel d'offres à travers sa filiale Cementos Fortaleza.

Mardi, une petite entreprise de l'État de Puebla (centre), Ecovelocity, a éveillé l'attention des médias mexicains en annonçant son intérêt pour l'installation de l'éclairage sur le mur. Le responsable de cette entreprise, Theodore Atalla, s'est contenté d'indiquer qu'il avait "déjà retiré sa proposition". Le nom de cette société n'apparaissait pas mercredi sur la liste des 660 entreprises intéressées par l'appel d'offres du gouvernement américain.

Liberté de participer "à ce projet absurde"

Le groupe Cementos de Chihuahua, dont le siège est situé à la frontière avec les États-Unis, s'est de son côté refusé à tout commentaire. Fin novembre, cette entreprise avait informé qu'elle pourrait fournir du matériel pour le mur à la frontière.

"Je ne vois pas comment les entreprises mexicaines pourraient être intéressées à participer" à ce chantier, a commenté Gustavo Arballo, président de la chambre de commerce des entreprises du bâtiment. Mais chaque société est libre de décider de participer ou non à ce projet "absurde", ajoute-t-il.

N.G. avec AFP