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Chine : autocritique imposée au sommet du pouvoir

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Les membres du Bureau politique du parti communiste chinois ont dû reconnaître leurs torts devant leur chef.

Ils sont 24 à répondre de leurs actes devant leur président. Les termes de la session de fin d’année sont rapportés par l’agence de presse officielle Xinhua, « à la lumière de la mise en œuvre des instructions » formulées au parti communiste chinois (PCC) par Xi Jinping. Il a été prescrit à ses responsables centraux « d’étudier promptement » les discours présidentiels sur « le socialisme à la chinoise dans sa nouvelle ère » et puis, de se « discipliner eux-mêmes, leurs familles et leurs collaborateurs ». Autrement dit, c’est vous qui êtes comptables de ce que font vos enfants, vos frères ou vos adjoints. La télévision d’Etat explique, par ailleurs, que cette réunion traditionnelle de fin d’année du Bureau politique a souligné le statut « de noyau dirigeant » de Xi Jinping – titre particulier conféré à l’origine au fondateur de la République populaire, Mao Zedong

Tensions au sommet ?

Certains sinologues parmi les plus consultés par les grands médias occidentaux voient dans cet événement, tel que relaté par Xinhua, une illustration de « tensions au sommet ». C’est le cas de Willy Lam, de l’Université chinoise de Honk Kong. Cité par l’AFP, il estime que le chef de l’Etat a mené de la sorte un « test de loyauté », ce qui reviendrait à « reconnaître ouvertement que certains n’ont pas fait preuve d’une loyauté totale » à son égard.

La thèse d’une férule contestée est également celle de Jerome Cohen, de l’Université de New York, qui considère que Xi Jinping est régulièrement amené à réaffirmer son autorité suprême précisément parce qu’elle est contestée. Tout découlerait d’un sentiment d’insécurité, de doute, propre à un président toujours autant dépourvu du prestige de Mao Zedong, donc d’un ascendant naturel sur les dirigeants du parti.

Autocritique récurrente

Toutefois d’après Shaun Rein, directeur général à Shanghai du cabinet de consultants CMR, il y a de la part de certains de ces sinologues une tendance croissante à la surinterprétation des déclarations présidentielles, du fait de leur « déconnexion » de la vie publique chinoise. Ils ne seraient plus au fait des dynamiques internes au système de pouvoir, ou bien ils les occulteraient. Certes, c’est ce secrétaire général qui a renoué avec la méthode de l’autocritique abandonnée après l’éviction de Hu Yaobang en 1987, qui fut un « réformateur » à la tête du PCC.

Mais, la session de cette semaine au sein du Bureau politique n’est en rien la première à ce niveau sous le mandat de Xi Jinping : il y en a eu l’an dernier comme en 2016. On peut ainsi lire dans le compte-rendu officiel du 27 décembre 2017 la même demande expresse de s’en référer au dogme présidentiel, ainsi qu’une mise en garde contre les éventuelles « extravagances » de l’entourage familial qu’il faut « empêcher de bénéficier de privilèges injustes ». Et le quotidien de Hong Kong « South China Morning Post » a écrit alors que Xi Jinping « utilise ce processus d’autocritique afin de renforcer son emprise sur le pouvoir ». Une conclusion identique pourrait être apportée un an plus tard, alors que le contexte économique et international de la Chine paraît, par contraste, nettement plus incertain.