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Budget italien : Rome ne cède rien malgré les pressions de Bruxelles

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- - Philippe Huguen - AFP

Le gouvernement populiste italien, sommé par la Commission européenne de revoir son budget pour 2019 avant mardi, a confirmé dans la soirée qu'il n'entendait pas céder, prenant le risque de sanctions financières.

« Le budget ne change pas, ni dans les bilans ni dans la prévision de croissance. Nous avons la conviction que ce budget est celui dont le pays a besoin pour redémarrer », a déclaré Luigi Di Maio, vice-Premier ministre et chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème). 

« Notre objectif est de maintenir le déficit à 2,4% du PIB », a-t-il ajouté devant la presse à l'issue d'une réunion avec son allié Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) et d'un conseil des ministre qui a approuvé la réponse que le ministre de l'Economie, Giovanni Tria, devait envoyer à la Commission.

Le gouvernement a toutefois ajouté des clauses de sauvegarde pour maintenir ses objectifs, avec un mécanisme de contrôle automatique des dépenses et un plan de cession de biens immobiliers de l'Etat qui équivaudrait à 1% du PIB mais sans toucher « aux bijoux de familles », selon Di Maio.

Rome demande de la « flexibilité »

Ce mercredi matin, le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, a tenté de calmer les tensions en soulignant que la barre des 2,4% était «infranchissable. » Surtout, il a justifié ce budget notamment par les « dépenses de nature exceptionnelles égales à environ 0,2% du PIB » liées aux récentes intempéries et à la destruction du pont de Gênes. En ce sens, il a réclamé de la « flexibilité » à Bruxelles.

Pour le gouvernement italien, le budget anti-austérité va relancer la croissance exsangue et permettre ainsi de réduire le déficit public et la dette publique colossale du pays.

Mais pour la première fois dans l'histoire de l'Union européenne, les autorités de Bruxelles ont rejeté le 23 octobre ce projet de budget italien. Soutenues par l'ensemble de la zone euro, elles restent sourdes aux arguments italiens, qui promettent un déficit à 2,4% du Produit intérieur brut (PIB) en 2019 et à 2,1% en 2020.

Selon la Commission, les mesures prévues dans le budget risquent de pousser le déficit à 2,9% l'an prochain et à 3,1% en 2020. D'autant qu'elle prévoit une croissance de 1,2%, alors que Rome table sur 1,5%.

Dans un rapport publié mardi après-midi, le Fonds monétaire international (FMI) a même réaffirmé une prévision de 1% de croissance en Italie en 2020 et s'est montré sceptique sur les réformes annoncées par le gouvernement.

De futures sanctions ?

En refusant de changer son budget, Rome s'expose à l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif, susceptible d'aboutir à des sanctions financières correspondant à 0,2% de son PIB (soit quelque 3,4 milliards d'euros).

Angela Merkel et Pierre Moscovici ont été plutôt rassurants sur le risque de sanctions, mardi soir estimant qu'il fallait «tendre la main à l'Italie ».

Depuis mi-mai, date du début des discussions pour la formation de la coalition populiste, le spread, l'écart très surveillé entre les taux d'emprunt italien et allemand, a doublé, oscillant désormais autour de 300 points. Selon la Banque d'Italie, cela représente un coût supplémentaire de 1,5 milliard d'euros en intérêts sur six mois.

La rédaction avec AFP