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Brexit: Theresa May prête à renverser les alliances

Theresa May est la Première ministre britannique.

Theresa May est la Première ministre britannique. - Niklas Halle'n - AFP

La première ministre du Royaume Uni au bord de renoncer à ses dogmes pour s’allier avec les travaillistes

« Trouvons un accord ». Theresa May a exhorté le chef du Labour, Jeremy Corbyn, à élaborer avec elle un compromis pour concrétiser le Brexit, près de trois ans après le référendum qui avait décidé de la sortie de l'UE. Dans une tribune publiée par le Mail on Sunday, la cheffe du gouvernement estime que « le public en a assez de l'incapacité des deux principaux partis à trouver un moyen d'honorer le résultat du référendum, (et) à faire sortir le Royaume-Uni de l'UE »

Frustration

Le divorce entre Londres et Bruxelles, censé se produire le 29 mars, a été repoussé au 31 octobre, faute d'accord de retrait approuvé au Parlement britannique. Theresa May mesure la « frustration » des électeurs à la déroute infligée à son parti lors des élections locales de jeudi : son parti a perdu plus d'un élu sur quatre sur l'ensemble des sièges remis en jeu, son pire résultat depuis 24 ans. Mais l'opposition travailliste, incapable d'en profiter, a également perdu plusieurs dizaines d'élus, quand elle s'attendait à reconquérir certains sièges.

« Au leader de l'opposition, je dis ceci : écoutons ce que les électeurs ont exprimé lors des élections locales et mettons nos différences de côté pour le moment. Trouvons un accord », conclut la dirigeante conservatrice. Le gouvernement est engagé depuis avril dans des discussions avec le Labour pour tenter de trouver un compromis sur le Brexit afin de sortir de l'impasse créée par le rejet, à la Chambre des communes, de tous les scénarios permettant de concrétiser le Brexit.

Union douanière

Les discussions entre l'exécutif et l'opposition doivent reprendre mardi. Elles ont régulièrement buté sur la question d'une union douanière avec l'UE, défendue par les travaillistes pour maintenir la fluidité des échanges et des relations étroites avec les 27, mais rejetée par les conservateurs qui veulent retrouver une politique commerciale autonome vis-à-vis des pays tiers. Selon le Sunday Times, Theresa May serait sur le point de proposer trois concessions majeures à Jeremy Corbyn pour trouver un compromis, dont la mise en place d'une union douanière avec l'UE jusqu'au prochaines élections législatives, prévues en 2022. Les deux autres concessions porteraient sur un alignement de la règlementation britannique sur les textes européens concernant les droits des travailleurs et sur les normes encadrant certaines marchandises.

Cette perspective a déjà suscité des réactions courroucées de la part d'élus conservateurs, pour qui la sortie de l'union douanière n'est pas négociable. « Le prix à payer d'un accord avec le Labour qui enfermerait le Royaume-Uni dans une union douanière serait une scission catastrophique du parti conservateur », a prévenu, dans une tribune publiée par The Telegraph, le député Graham Brady, président du Comité 1922, responsable de l'organisation interne des Tories. « La dernière chose dont nous avons besoin est un accord entre les travaillistes et les conservateurs pour rester dans l'UE et prétendre que le mal-nommé Accord de retrait concrétise le Brexit », a tweeté le député John Redwood. « Je pense que nous avons besoin d'une nouvelle appellation précise du projet de traité de retrait. Il devrait s'appeler le Traité rester et payer ».

coup monté à Westminster

Dans le même temps, plus de 100 députés europhiles issus de cinq partis ont écrit à Theresa May et à Jeremy Corbyn pour les avertir qu'ils rejetteraient toute proposition d'accord qui ne serait pas soumise à un référendum. « Préparer un coup monté à Westminster, à partir de l'accord de la Première ministre ou d'un nouvel accord serait la pire chose à faire à l'heure actuelle », ont-ils écrit. « Nous risquerions de nous aliéner à la fois ceux qui ont voté pour et ceux qui ont voté contre le Brexit en 2016 ».