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Brexit : pourquoi la question irlandaise est si importante

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- - Charles McQuillan / POOL / AFP

Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne sur le départ du Royaume-Uni, a déclaré que Bruxelles et Londres étaient à « 90% d’accord » sur les conditions du divorce. Reste la question irlandaise qui pourrait tout faire capoter…

Décidemment, on n'y arrive pas… Deux ans et demi après le référendum pour le Brexit, Londres et l’Union européenne n’ont toujours pas trouvé d’accord de sortie. Ce vendredi, Michel Barnier, négociateur en chef de l’Union européenne sur le départ du Royaume-Uni, a néanmoins souligné que les deux parties étaient à « 90% d’accord » sur les conditions du divorce.

Les 10% manquant, c'est toujours la question Irlandaise. D’un côté, l’Union européenne propose que l’Irlande du Nord reste, au moins pour un temps, soumise aux normes de l’UE. L’objectif : éviter à tout prix le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, conformément aux accords de paix de 1998. Bruxelles a donc proposé la solution du « Backstop », une frontière maritime fictive entre l’île britannique et l’île irlandaise. Les contrôles douaniers auraient alors lieu en pleine mer.

Mais cette solution est rejetée par les conservateurs britanniques qui refusent de briser l’unité du pays. Or, Theresa May ne peut rien faire sans eux, sur le plan politique puisque sa majorité vient des Tories et des Unioniste nord-irlandais. Et pour Michel Barnier, cette question est largement susceptible de compromettre la signature d’un accord.

Vers un hard Brexit ?

Si les deux parties ne se mettent pas d’accord, plusieurs scénarios sont sur la table.

Le premier consiste à se donner plus de temps et repousser ainsi les échéances. Jeudi, Theresa May s'est dit prête à discuter d'une extension de la période de transition. Mais cela signifie que le Royaume-Uni va continuer à payer sa contribution au budget européen et à subir les contraintes de Bruxelles durant ce laps de temps…

Deuxième possibilité, l'UE et Londres sont capables de vivre divorcés, sous le même toit. En d’autres termes : « Je suis en dehors de l'UE, mais je vis comme avant. »

Troisième possibilité : le hard Brexit avec à la clé un vide juridique incroyable et ingérable. Concrètement, les conséquences d’un tel scénario seraient multiples. Quel statut pour les européens résidant au Royaume-Uni ou pour les Britanniques résidant sur le continent ?

Une facture salée

Du côté du commerce, les exportations britanniques seront taxées aux normes de l’OMC. Cela signifie + 7 milliards d’euros de droits de douane pour les Britanniques par an et la chute du secteur automobile puisque plus de la moitié des voitures fabriquées sur l’île sont vendues dans l’Union européenne.

Autre problème, les transports. Deux minutes de contrôle par véhicule, c’est 27km de bouchons à Douvres et autant à Calais. C’est aussi l’arrêt des trains dans le tunnel sous la Manche car les conducteurs ont une licence européenne qui deviendrait caduque. Idem au niveau du transport aérien…

Un hard Brexit, c’est aussi une pénurie d’électricité à prévoir en Irlande du Nord, qui se fournit en énergie depuis 10 ans auprès du sud. Ces impacts seront, à terme, gérables mais ce qui le sera moins, c’est l’instabilité de l’Irlande ou encore le risque d’une sortie de l’Ecosse du Royaume-Uni, qui finirait alors par exploser.

C'est simple de jouer les europhobes sur les tribunes mais c'est plus compliqué quand on rentre dans le dur.