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Brexit : L'Europe en état d'apesanteur

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La conclusion d’un projet d’accord, mercredi 14 novembre, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne a provoqué une onde de choc à Londres avec la démission de plusieurs ministres du Gouvernement de Theresa May dont notamment celle du ministre chargé du Brexit, Dominic Raab et du secrétaire d'Etat pour l'Irlande du Nord, Shailesh Vara. L’annonce de ce projet d’accord est loin de clore l’épineux dossier du Brexit. Si son adoption, par les 27 Etats membres de l’Union, le 25 novembre prochain, lors d’un Conseil européen des chefs d’Etat et de Gouvernement ne devrait pas poser de réels problèmes, il en est tout autrement pour le Royaume-Uni.

Le projet d'accord, de près de 400 pages organise les modalités de sortie du Royaume-Uni de l’Union et fixe les règles de la transition. Il comprend notamment le montant du solde tout compte qui devrait se situer entre 40 et 45 milliards d’euros. Ce paiement devrait être échelonné jusqu’en 2064.

Le projet d’accord organise la couverture sociale des ressortissants des trois millions d’européens installés au Royaume-Uni. Les Européens pourront obtenir un statut de résident et leurs droits notamment à la santé, à la retraite et aux prestations sociales seront maintenus. Quant à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), les expatriés pourront toujours y recourir mais uniquement jusqu'en 2027.

Entre l’Irlande du Sud et l’Irlande du Nord, aucune frontière physique ne sera, à court et moyen terme, rétablie Aucun changement n’est prévu pour les deux parties de l’Irlande au moins jusqu’au mois de juillet 2020. Dans l’attente d’un accord éventuel de libre-échange, aucun droit de douane ne sera appliqué entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Ce dernier sera ainsi membre de fait de l’Union douanière européenne.

Les partisans du Brexit considèrent que cet accord remet en cause le vote du 23 juin 2016. Le Royaume-Uni en intégrant l’Union douanière accepte, de fait, les règles communautaires sans pouvoir peser sur leur élaboration. Cette solution permet de régler le problème irlandais et préserve les intérêts de l’économie britannique. Pour les 27 Etats membres, cela permet de continuer à exporter sans droit de douane au Royaume-Uni.

Theresa May devra trouver une majorité aux Communes faute de quoi elle pourrait être contrainte, soit de démissionner, soit de demander la dissolution de la chambre basse, soit procéder à un nouveau référendum sur le projet d’accord ou le Brexit. Dans ces trois derniers cas, l’élaboration d’un nouveau projet avant le 29 mars 2019 pourrait s’avérer compliqué. Pour éviter un « hardbrexit », la possibilité d’une prolongation de la période transitoire pourrait être une option.

Les incertitudes britanniques ne contribuent pas à la hausse des cours de bourse de part et d’autre de la Manche. Du côté britannique, l’investissement devrait être toujours orienté à la baisse et cela malgré la résilience de la croissance. Du côté du continent, les menaces d’un hardbrexit ne pourront jouer qu’en défaveur de l’activité. A cela s’ajoute toujours l’épineuse question de la dette italienne et les menaces pesant sur le commerce international. L’Allemagne qui était le point d’ancrage de la zone euro a, pour la première fois en quinze trimestres, enregistré un recul de son PIB au 3e trimestre 2018. la baisse de l’activité est imputable aux mauvais résultats de la consommation freinée par la hausse des prix et par ceux du commerce extérieur. La chute du troisième trimestre est également liée à l’entrée en vigueur des nouvelles normes environnementales pour l’industrie automobile qui a désorganisé la production et a conduit les constructeurs à réduire leur activité. La production dans l’industrie automobile a diminué de 8 %, ce qui a ponctionné la croissance de 0,5 point selon le cabinet Oxford Economics.

Les experts attendent, malgré tout, une accélération de la croissance pour la fin d’année permettant de compenser les mauvais résultats accumulés jusqu’à maintenant. Au niveau boursier, 2018 devrait être une année blanche comme pour l’impôt sur le revenu….

Philippe CREVEL