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Interdiction des produits non-essentiels: flou important et casse-tête pour la grande distribution

Au sein des hypermarchés, le non-alimentaire représentait 21 milliards d’euros en 2010… il ne représente plus que 14,7 milliards d’euros en 2018, soit une baisse de 30% en 8 ans, selon Nielsen.

Au sein des hypermarchés, le non-alimentaire représentait 21 milliards d’euros en 2010… il ne représente plus que 14,7 milliards d’euros en 2018, soit une baisse de 30% en 8 ans, selon Nielsen. - Philippe Desmazes-AFP

Le gouvernement a précisé par décret ce que les grandes surfaces pourront continuer à vendre à partir de ce mercredi. Mais les acteurs se plaignent d'un manque de clarté et se préparent à un cauchemar logistique.

C'est un peu la panique chez les acteurs de la grande distribution. Ils devront à compter de mercredi cesser de vendre des produits jugés non-essentiels par équité envers les petits commerçants fermés qui vendent ces mêmes produits.

Or, malgré la publication d'un décret au Journal Officiel ce mardi, le flou persiste. Car plutôt que de détailler les produits qui ne pourront plus être commercialisés, le décret vient préciser la liste des produits dits "essentiels" qui pourront encore être vendus par "les supermarchés, les magasins multi-commerces, les hypermarchés et les autres magasins de vente d’une surface de plus de 400m²". Y sont ajoutés la vente de produits de toilette, d’hygiène, d’entretien et de produits de puériculture.

A la Fédération du Commerce et de la distribution (FCD), on dénonce "une improvisation" et on attend encore des clarifications sur certains produits comme la lingerie ou encore le maquillage.

Il y a encore des échanges avec Bercy aujourd'hui, tout devrait être clarifié avant ce soir", nous fait-on savoir.

Encore des échanges avec Bercy sur certains produits

"De la compréhension du décret qu'on a, les produits de maquillage seraient autorisés, pas la lingerie, les collants. Le petit électro-ménager est en question, pour les articles de sport, les ventes sont exclues, sauf les cycles", poursuit la FCD.

Chez Monoprix, pour le moment, on explique que "rien n'est tranché" concernant ces produits et on attend là aussi des éclaircissements de Bercy.

De quoi encore retarder une réorganisation des magasins qui risque d'être assez complexe surtout quand, dans le même rayon, coexistent des produits dits essentiels et non-essentiels.

Toujours chez Monoprix, on n'optera pas sur le retrait des produits jugés non-essentiels: "trop compliqué", explique-t-on. "Les produits seront sous bâche ou les rayons seront interdits d'accès grâce à des rubans de chantier", selon la configuration des magasins. "Tout sera fait entre ce soir et demain matin".

Sur les détails de cette réorganisation, le distributeur ne souhaite pas s'étendre et on ne sait par exemple pas si des recrutements de renfort sont prévus ou si ce sont les salariés de chaque magasin qui devront s'en occuper. La charge de travail risque d'être importante: des centaines de rayons devront être modifiés en "quelques heures", comme le souligne Michel-Edouard Leclerc.

Bâcher les rayons, remplacer les produits...

D'autant plus que la fréquentation dans les grandes surfaces est actuellement très forte. Il faudra donc pour le personnel, gérer deux fronts.

Interrogé sur RMC, le directeur général de Lidl, Michel Biero, confirme la complexité de l'opération: c'est un "travail colossal pour tout retirer". Le distributeur ne veut par contre pas voir de rayons vides ou bâchés.

Chez mes concurrents, quand vous avez de très grandes surfaces, il y aura des rayons soit vides, soit bâchés, car ils n’ont pas d’autres choix. Nous, nous allons déployer nos stocks donc on va dédoubler les produits Noël, festifs alimentaires pour ne pas avoir de trous dans les magasins, explique Michel Biero. Nous n’allons pas laisser de rayons vides. Nous allons combler avec de l’alimentaire".

Ce qui permettra selon lui de limiter la casse en terme de business. "Nous aurons un manque à gagner, il est difficile à estimer mais il est très important. Nous allons essayer de le combler en mettant en avant tous les produits festifs: caviar, foie gras et autres produits pour les fêtes, mais aussi les chocolats pour Noël".

Rappelons que près de 20% du chiffre d’affaires des produits non alimentaires vendus en grandes surfaces est réalisé pendant les mois de novembre et décembre.

"Nos magasins ont soit déjà condamné nos rayons ou parties de rayons concernés, soit ont jusqu'à mercredi soir pour le faire. Sachant que ce n'est pas forcément facile, parce que si dans les grands magasins vous pouvez condamner des allées complètes, il peut y avoir dans les plus petits une même allée avec des produits autorisés et non autorisés" commente de son côté à l'AFP Dominique Schelcher, président de Système U.

Interrogés par nos soins, ni Auchan, ni Carrefour n'ont souhaité pour le moment s'exprimer sur ces questions.

Une fois réorganisées, les grandes surfaces risquent dans certains cas de se retrouver avec trop de personnels, ceux dédiés justement aux produits désormais interdits à la vente. La FCD s'inquiète ainsi d’une situation qui entraînera "plusieurs dizaines de milliers de salariés au chômage partiel".

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business