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Qui va réellement financer la transition énergétique?

Des agences bancaires restent fermer ce samedi 14 novembre.

Des agences bancaires restent fermer ce samedi 14 novembre. - Patrick Kovaric - AFP

[TRIBUNE] Pour financer la transition énegétique, il va falloir compter sur les banques défend Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor. Avec leur ancrage local et leur expertise, elles seront les mieux placées pour accompagner les PME françaises.

La récente éviction d’Emmanuel Faber à la tête de Danone vient de rappeler que les exigences financières et celles de la transition énergétique ne sont pas –c’est un euphémisme– forcément compatibles. Pourtant, si l’on pose la question de savoir comment sera financée la transition énergétique tous les regards se tournent depuis quelques années vers la finance verte. Pas une semaine en effet sans que soit notamment annoncée l’émission de nouvelles obligations vertes. Ces Green Bonds émis par de grandes signatures pour financer leurs initiatives en faveur de la transition énergétique, qui représentent certainement une novation majeure, puisque des entreprises peuvent désormais trouver à se financer en appliquant à leurs activités des critères d’efficience énergétique et de retombées positives pour l’environnement. Toutefois, combien d’entreprises ont une taille suffisante pour lever ainsi des fonds sur les marchés internationaux ?

Le Plan de redressement France Relance entend allouer 30% de ses 100 milliards d'euros à la transition écologique. Afin de décarboner les activités productives et en visant d’importantes retombées sur l’emploi. Le Plan réserve à cet effet une place centrale aux PME et aux ETI, qu’il prévoit d’accompagner par des mesures de soutien direct et indirect, ainsi que par des aides à la modernisation. Cependant, au-delà de ces appuis (dont la mise en œuvre pourrait être longue), qui financera ces entreprises de taille moyenne, dont l’immense majorité n’accédera pas aux émissions vertes ni ne pourra satisfaire aux critères de rentabilité exigés par les fonds d’investissement – de plus en plus nombreux – qui ciblent des actifs verts non cotés?

Les trois quarts d’entre eux sont de toute manière des fonds d’infrastructures, qui se concentrent sur l’éolien et le solaire. Et les encours sous gestion de tous ces fonds ne dépassent guère 70 milliards d'euros ; loin des 180 milliards qui seraient annuellement nécessaires d’ici 2030 selon le Plan sur la finance durable de la Commission européenne pour atteindre les objectifs de la transition énergétique. Les fonds "verts" représentent moins de 7% des encours européens investis dans le non coté.

Les banques à la rescousse

Pour financer la transition énergétique au niveau de ses principaux acteurs – les PME - il va donc bien falloir compter sur les banques. Non seulement pour leurs concours mais surtout parce que pour distribuer ceux-ci de manière efficace à des entreprises de taille moyenne, il faut un ancrage local, une expertise de proximité et un capital régional aux exigences de rendement plus supportables que celles des marchés internationaux.

En Allemagne, la question ne se pose même pas. La transition énergétique doit y être portée essentiellement par le Mittlestand, ce tissu d’entreprises moyennes, souvent familiales, indépendantes, ancrées dans un territoire et qu’accompagnent sur la durée des banques elles-aussi locales. En Chine, aussi bien, les financements sont essentiellement bancaires. En France, on en parle beaucoup moins. Est-ce dire que cela va de soi ?

Plusieurs études ont montré que le financement des projets d’efficacité énergétique et de réhabilitation thermique est plutôt moins risqué que la moyenne des crédits. On a souvent affaire à une clientèle responsable, qui se projette à moyen-terme et ceci quels que soient les secteurs d’activité. Sur de tels constats, ambitionnant d’être la banque de référence de la transition énergétique dans les territoires, le groupe BPCE a notamment lancé une obligation verte Ambition durable à destination des particuliers et la Banque populaire Auvergne Rhône Alpes a créé une Banque de la transition énergétique, dédiée à la collecte d’une épargne verte pour financer des projets de rénovation énergétique et d’innovation au service de l’environnement.

Un ancrage local

Néanmoins, aussi intéressantes soient-elles, de telles mesures ne suffiront pas. Pas plus qu’il n’est possible d’envisager que seuls un ou quelques établissements bancaires les développent. Dès lors, un coup de pouce à l’adresse de l’ensemble des banques ne serait-il pas salutaire ? Un "livret A vert" ou un Livret de Développement Durable et Solidaire encore plus vert, comme l’envisage le récent rapport du député Alexandre Holroyd sur la finance verte? Des aménagements de la réglementation bancaire pour le calcul des expositions en risque des engagements verts?

De la transition énergétique, il ne faut sans doute attendre ni une décroissance, ni une hyper-croissance mais un dynamisme local. C’est un aspect qu’on souligne finalement assez peu. La transition énergétique a vocation à redynamiser les territoires. Et à cet égard, alors que l’on parle beaucoup de finance verte, il faudrait également reconnaitre que la logique de la banque de détail n’est pas celle des fonds d’investissement et des marchés. Cependant, il n’y aura pas de transition de l’économie réelle sans un dynamisme local, qui suppose des financements et des capitaux de proximité.

C’est là une dimension qui va devenir de plus en plus importante, bien au-delà de la question du financement de la transition énergétique mais que ce dernier illustre très bien. Les logiques de la finance et de la banque vont de plus en plus se distinguer et pourrait bien en arriver à se séparer. En France, cette prise de conscience reste à faire. Tandis qu’il faut comprendre en ce sens l’attachement de nos voisins allemands à défendre leurs banques régionales qui, depuis toujours, accompagnent le Mittlestand et portent ainsi en large partie l’économie allemande. Dès lors, peut-être les impératifs de la transition énergétique nous feront-ils réaliser que le profond ancrage territorial des groupes bancaires français est un atout national aussi déterminant que finalement peu considéré.

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor