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Award de la Révélation de l'année: Bruno Maisonnier, Président directeur général d’Aldebaran Robotics

Bruno Maisonnier, PDG d'Aldebaran Robotics

Bruno Maisonnier, PDG d'Aldebaran Robotics - -

C’était comme une évidence. La Révélation de cette année ne pouvait qu’être les objets connectés. Certains diront que c’est une mode, mais la plupart pensent que c’est l’un des plus gros gisements de croissance des années à venir: Aldebaran Robotics, Withings ou Sculpteo sont autant d’entreprises françaises à la pointe de l’innovation. Une bouffée d’air saluée aux BFM Awards 2013. Zoom sur Nao, le robot d’Aldebaran Robotics, conçu par Bruno Maisonnier.

Alors que la France a raté le virage des smartphones et des tablettes, elle esten pointe dans le secteur des objets connectés. Dès octobre 2005, c’est une entreprise française qui a inventé le Nabaztag. Ce fameux lapin électronique, capable de diffuser des informations vocalement, est un peu l’ancêtre des objets connectés.

Le phénomène s’est récemment accéléré. On ne parle plus que de montres, de lunettes ou encore de balances connectées. Même François Hollande est tombé sous le charme de Nao. Le petit robot conçu par Bruno Maisonnier, qui doit pouvoir aider notamment des personnes dépendantes, est devenu incontournable.

L'histoire d'un banquier fou de robots

Nao. C’est la star du moment. Il passe sur toutes les télés. Haut d’à peine 60 centimètres, il vient, par exemple, de faire une apparition remarquée dans la quatrième saison de la série Eastbound & Down, diffusée aux États-Unis sur la chaîne payante HBO. Un succès qui n’étonne pas son "papa".

Pour Bruno Maisonnier, "ce qui est magique avec les robots, c’est que ça vient de très loin. Les hommes ont toujours voulu des aides ou des amuseurs". Nao, c’est donc un peu un mix du fou du roi et de l’homme de compagnie. C’est en tout cas le pari de ce polytechnicien. Car c’est bien un pari colossal.

Bruno Maisonnier était, en 2004, un cadre performant. Après plusieurs expériences à l’international, il dirigeait à 45 ans la filiale polonaise du Crédit Agricole. Son avenir de banquier semblait tout tracé. C’était compter sans sa passion pour les robots.

Voyant le succès grandissant d’Aibo, le robot de Sony, il décide de tout plaquer, de casser sa tirelire et de lancer Nao… L’idée, dès le début, c’est de créer un robot pour aider les gens. Selon Bruno Maisonnier, Nao doit faire de nous la "star". Et pas de doute pour son concepteur, Nao et ses compères vont devenir des objets de grande consommation. "Qui aurait dit il y a dix ans que nous paierions 600 euros pour acheter un téléphone? Personne!"

Pour le fondateur d’Aldebaran Robotics, qui a emprunté ce nom à l’une des quatre étoiles royales des Perses, Nao va nous permettre, "au-delà du ménage, de lutter contre la solitude". Et c’est bien pour cela que Bruno Maisonnier a voulu un robot reprenant les codes de la forme humaine. L’idée, c’est de pouvoir créer du lien.

Grâce à sa batterie, Nao dispose d’une heure et demie d’autonomie. Il peut marcher en se dandinant aussi bien sur du bois que sur de la moquette ou du carrelage. Et aujourd’hui les clients se pressent. 3.500 modèles ont été vendus, notamment à des laboratoires.

Des possibilités de développement infinies

Nao est déjà présent sur les cinq continents.

Son prix– autour de 12.000 euros– ne décourage pas les clients: "Je suis approché par exemple par des compagnies d’assurances, précise le père de Nao. Elles sont intéressées pour faire de la télésurveillance. Nao peut aussi aider les enfants autistes. Imaginez bien une chose : sa patience est absolue."

Aujourd’hui Aldebaran Robotics compte environ 15.000 robots en commande. Des robots imaginés et programmés en France mais fabriqués en Asie. Ce qui permet à l’entreprise, qui emploie 350 salariés, de voir son chiffre d’affaires s’envoler. 34 millions d’euros cette année, contre seulement 8 millions d’euros en 2011.

"Nous sommes encore une start-up, dans le sens où nous perdons de l’argent", précise Bruno Maisonnier. Mais l’avenir est porteur. Aujourd’hui Nao a déjà une véritable vie artificielle: il sait lire les e-mails ou un journal en ligne, il parle, il reconnaît le visage de son interlocuteur, il danse, "il arrive même à blaguer", note dans un sourire Bruno Maisonnier.

L’homme a, c’est certain, une véritable passion communicative. Écouter ce chef d’entreprise parler de son aventure, c’est s'offrir une cure d’optimisme. Surtout que, selon lui, son entreprise créée en 2005 n’en est qu’à ses débuts.

Nao pourrait dans l’avenir être programmé, par exemple, pour évoluer dans des milieux hostiles comme une scène de catastrophe du type Fukushima. Du coup, "les millions d’emplois générés par la robotique, nous devrions les créer en France, si on se débrouille bien…", conclut le père de Nao.

Anthony Morel