BFM Eco

Epargnés par le Covid-19, ces pays monnayent très cher leurs passeports

Passeport

Passeport - JoshuaWoroniecki Pixabay

Pour échapper à l'épidémie ou aux infrastructures insalubres de leur pays, des milliardaires sont prêts à débourser des fortunes pour devenir citoyen du Vanuatu ou de Sainte-Lucie.

Le confinement, même dans un palace, n'est pas au goût de certains milliardaires. Certains ont trouvé la parade: s'échapper vers un pays épargné par l'épidémie de Covid en s'achetant une seconde nationalité, comme le relate un reportage du Monde.

Ce qui a fait exploser le marché d'achat de passeport et de permis de résidence, les pays épargnés par le Covid y trouvant une source de revenus bienvenue.

La citoyenneté s’acquiert comme une assurance-risque, mais pas pour y vivre définitivement. Elle sera utilisée en cas de souci, comme une guerre, une situation politique instable, une crise économique ou comme dans le cas présent une épidémie et des infrastructures de santé défaillantes.

"Ceux qui achètent des nationalités sont souvent des professionnels du risque, explique au quotidien Paddy Blewer, porte-parole d’Henley & Partners. La pandémie n’a fait qu’augmenter la valeur d’un second passeport.

Ce marché du "cash for passport" n'est pas nouveau, il existe depuis une trentaine d'années est tout à fait légal. Le premier à l'avoir mis en place en 1984 était Saint-Christophe-et-Niévès en 1984. Depuis, Grenade, la Dominique, Sainte-Lucie ou encore Chypre et Malte ont suivi.

Un passeport en échange d'investissements

Par exemple, le passeport du Vanuatu s'acquiert en un mois pour qui est en mesure de débourser 130.000 euros. Il est livré par voie postale. Il est très prisé des hommes d'affaires américains car il leur permet de se rendre facilement en Chine. Les citoyens des pays pauvres y trouvent aussi leur avantage car il leur permet d'accéder à de nombreux pays, sans avoir à passer par de longues procédures de Visa. Mais ce passeport a ses limites: il ne permet pas de résider plus de six mois en dehors de l'île, ce qui représente un inconvénient quand on cherche à fuir une épidémie.

Chypre offre aussi un permis de résidence très apprécié, pas loin du Moyen-Orient où vivent des clients potentiels. Il est fourni dès lors que l'on a investi 2 millions d'euros dans l'immobilier. Il peut en quelque mois être converti en passeport européen.

Les Pays-Bas accordent un "visa d’or " pour qui investit 1,25 million d’euros dans une start-up, avec la possibilité, au bout de cinq ans, de décrocher la nationalité du pays.

Compenser la perte des touristes

Pour certains pays, ces nouveaux ressortissants sont devenus une ressource essentielle en ces temps de crise où les revenus du tourisme sont devenus inexistants. Il en va ainsi de Sainte-Lucie qui a émis des obligations à taux zero et un offre un passeport avec. Si le souscripteur s’engage à investir 250.000 dollars (soit environ 213.300 euros) pour une durée d’au moins six ans, l'ile permet d'offrir une seconde nationalité à la personne de son choix.

Mais ce système de visa et passeports n'est pas utilisé uniquement pour se mettre à l'abri d'un virus, c'est aussi un moyen d’échapper aux contrôles de l’échange automatique des données, un dispositif mis en place par les Etats pour lutter contre la fraude, et de cacher les montants détenus à l'étranger. Une dérive que n'a pas manqué de signaler en 2018 l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco