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Vincent Bolloré se retire dans l’ombre

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L’homme d’affaires quitte précipitamment la direction du groupe Bolloré. Il reste toutefois président de la société propriétaire de l’empire familial. Vincent Bolloré a été mis en examen pour corruption l’an passé.

Vincent Bolloré part plus tôt que prévu. Depuis plusieurs années, il porte une montre avec un compte à rebours jusqu’au 17 février 2022, date de son départ annoncé de longue date pour le bicentenaire du groupe familial. L’homme d’affaires a finalement annoncé jeudi soir qu’il abandonnait son poste de PDG et d’administrateur du groupe Bolloré. Soit plus de 1.000 jours avant la date fatidique. C’est son fils cadet, Cyrille, âgé de 33 ans qui reprend la direction de l’empire Bolloré. Il en était le numéro deux, aux côtés de son père, depuis 2013.

Ce départ de Vincent Bolloré intervient à un moment crucial pour l’empire familial. En décembre dernier, le groupe Bolloré a été mis en examen pour « corruption d’agent étranger », complicité d’« abus de confiance » et « faux et usage de faux ». La justice soupçonne l’entreprise d’avoir sous-facturé de 400.000 euros des contrats de conseils de sa filiale Havas en faveur des présidents Guinéen, Alpha Condé, et Togolais, Faure Gnassingbé, pour obtenir la concession des ports de Conakry et Lomé.

Un porte-parole du groupe Bolloré jure que le départ de Vincent Bolloré « n’a rien à voir avec cette affaire dont l’issue n’interviendra pas avant plusieurs années ». La concordance des temps entre l’affaire judiciaire et le recul pris par Vincent Bolloré est pour le moins surprenante. En avril 2018, il cède la présidence de Vivendi à son fils Yannick quelques jours avant que la justice n’annonce sa mise en examen pour « corruption ». Cette fois, son départ du groupe Bolloré intervient trois mois après la mise en examen du groupe. Sa prise de recul permettra en tout cas de détourner du groupe les projecteurs braqués sur lui depuis un an.

Son bras droit reste aux manettes

Le patron s’efface mais ne disparaît pas pour autant. Il devient PDG et prend toutes les commandes de la financière de l’Odet, la société familiale qui contrôle 63% du capital du groupe Bolloré. « Il aura bien entendu toujours un œil attentif sur le groupe, reconnait l’un de ses proches. Il a désormais trois ans pour accompagner ses fils Cyrille comme Yannick ». Vincent Bolloré pourra surtout compter sur son bras droit de toujours : Gilles Alix. Présent dans le groupe depuis 1987, il reste administrateur et directeur général délégué du groupe Bolloré aux côtés de Cyrille Bolloré. Alors qu’il a pourtant, lui aussi, été mis en examen pour « corruption d’agent étranger », complicité d’« abus de confiance » et « faux et usage de faux ».

Preuve de son poids colossal dans l’empire familial, Gilles Alix est le représentant de la holding de tête Bolloré Participations au sein du groupe Bolloré. Il a surtout participé à tous les raids de Vincent Bolloré depuis trente ans : sur les banques Rivaud et Lazard mais aussi Bouygues, Havas, Vivendi, Vallourec, Telecom Italia ou Ubisoft. Il est réputé pour être le seul à en savoir autant sur les affaires du groupe que le grand patron. Son maintien dans les arcanes du groupe prouve que Vincent Bolloré quitte la scène mais continuera à œuvrer en coulisse. Au moins jusqu’au 17 février 2022.