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Vaccin contre le Covid-19: comment se prépare le seul fournisseur français de congélateurs médicaux

Si elle n'a encore reçu aucune commande française, l'entreprise Froilabo installée à Meyzieu (Rhône) voient arriver les premières commandes en provenance de l'étranger et s'apprête à tripler ses capacités de production.

Encore dans le flou sur la stratégie vaccinale de la France, l'unique fournisseur national de congélateurs capables de stocker les nouveaux vaccins contre le Covid-19 met les bouchées doubles pour répondre à l'envolée prévisible de la demande. Depuis quelques jours, les commandes commencent à arriver au siège de Froilabo à Meyzieu (métropole de Lyon). De l'étranger. Mais pas encore de l'Hexagone.

"Chez nous, ça consulte. Les autres Européens sont beaucoup plus concrets. La prise de décision y est plus rapide", relève le directeur général de la société Christophe Roux. "Nous n'avons pas encore reçu de commandes spécifiques" de France, ajoute-t-il, même si celui-ci n'exclut pas que certains des équipements récemment commandés à sa société puissent finalement servir à stocker des vaccins.

Si les vaccins traditionnels se conservent bien au réfrigérateur, ceux, très prometteurs, mis au point par les laboratoires américains Moderna et Pfizer, nécessitent d'être stockés à très basse température (-70°). Avec une poignée d'autres fabricants, Froilabo produit des congélateurs capables de ce type de performances avec un très haut degré de fiabilité. Ils servent en temps normal à conserver des prélèvements biologiques, si nécessaire pendant des dizaines d'années. Les clients: les hôpitaux et les centres de recherche.

Triplement des capacités de production

Avec l'arrivée des nouveaux vaccins anti-Covid, ce marché de niche - Christophe Roux estime la demande française à environ 3000 unités par an - devrait exploser. "S'il y a encore beaucoup d'incertitudes, on a les produits, on a la technologie et on fait en sorte d'être prêt si on devait avoir besoin de nous", relève Tony Grandmenil, directeur administratif et financier. "Nous sommes est en train de tripler nos capacités par des investissements et des réorganisations", ajoute-t-il. Un programme engagé avant l'arrivée de l'épidémie et qui devrait s'achever en février.

Pas pour le pharmacien du coin Fondée en 1918 à Lyon sous le nom Coupié pour fabriquer des couveuses à bébé, Froilabo construit aujourd'hui des appareils de laboratoire capables de produire du chaud et du froid. Les congélateurs représentent la plus grosse partie de sa production, exportée pour plus de moitié. Par rapport à ses grands concurrents, les géants américain Thermo Fisher Scientific, chinois Haier et japonais PHC, voire même les groupes allemands Binder et Eppendorf, la société française est un poids plume, avec ses quelque 80 salariés.

"Pas pour le pharmacien du coin"

La société, qui reste discrète sur ses performances économiques, bénéficie toutefois en matière de recherche de l'aide de sa maison-mère, le groupe écossais de matériel scientifique Techcomp. Elle peut ainsi développer et produire elle-même tous ses équipements: une usine à Pitesti (Roumanie) assure la fabrication en série, alors que le siège de Meyzieu adapte les produits standards aux besoins spécifiques des clients. Un congélateur de 700 litres coûte aux environs de 12.000 euros. "Ce ne sera pas le pharmacien du coin qui pourra l'acheter", relève Tony Grandmenil.

Combien ces congélateurs pourront-ils contenir de doses de vaccins? Tout dépendra du conditionnement utilisé. Les plus grands congélateurs fabriqués par Froilabo, d'une capacité de 1.000 litres, devraient pouvoir accueillir 58.000 flacons de vaccins "de type Pfizer". Ce qui représente, à raison de 5 doses par flacon, environ 290.000 doses. Reste à connaître l'organisation logistique qui sera décidée par l'Etat, qui doit notamment déterminer comment le vaccin sera acheminé vers l'utilisateur final sans rupture de la chaîne de froid. La chose se complique encore du fait que plusieurs types de vaccins seront probablement utilisés simultanément. Vaccins ne nécessitant pas forcément les mêmes conditions de stockage.

P.L. avec AFP