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Travail dominical : «Ce n’est pas du volontariat, on est harcelé»

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Si l’ouverture des magasins le dimanche est censée être très encadrée, de nombreuses boutiques ouvrent malgré tout sans aucune compensation financière. Nombreux sont ceux qui n’ont pas le choix. Ils témoignent sur RMC.

Ils vont pouvoir ouvrir. La cour d'appel de Paris a autorisé ce mardi les enseignes de bricolage Leroy Merlin et Castorama à rouvrir leurs magasins franciliens le dimanche alors qu’elles avaient été condamnées à les fermer à la suite d'une plainte de leur concurrent Bricorama. La loi prévoit que le travail le dimanche soit basé sur le principe du volontariat, mais aucune augmentation de salaire systématique n'est prévue. Et si certains se disent volontaires pour travailler le dimanche, d’autres s’en passeraient bien.

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 « C’est un enfer, on n’a pas de vie, on est en décalage total par rapport à sa famille, ses amis, quand il y a des propositions de sortie on est n’est jamais présent », raconte sur RMC Nezha, 35 ans. Salariée d'une boutique de vêtements depuis 2003, elle a passé 9 ans à travailler le dimanche, sans bonus ni prime, et sans avoir le choix. Elle est aujourd’hui en conflit avec son employeur car elle refuse de continuer. « On se sent seul. Moi, je me suis retrouvée en berzingue totale, quand vous arrivez à être sous Prozac et être suivi par un psychiatre. J’avais l’impression de vivre dans le magasin, je défie quiconque de vouloir travailler le dimanche tout le temps, toute l’année. Les étudiants, c’est pour un temps, mais si ça devient quotidien, c’est un enfer ».

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Bien qu’illégale, la pratique est pourtant courante dans les chaînes de supérettes ouvertes 7j/7, dimanche compris. « Je n’ai plus de vie de famille, plus de vie sociale. Et je précise qu’il n’y a pas de plus, on est payé exactement pareil », explique Dominique, caissière à Paris. « Je ne peux pas voir mes enfants, mes petits enfants. Je suis au SMIC, je vis seule, j’ai 54 ans, la famille, c’est tout ce qu’il me reste ». Après 2 mois de conflit avec son employeur, elle vient d'obtenir gain de cause : dimanche prochain, elle ne travaillera pas, mais en échange, elle devra finir tous les soirs de la semaine à 21h. « Ce n’est pas du volontariat, parce que si vous ne voulez pas travailler le dimanche, derrière vous êtes harcelé. On vous donne des mauvais horaires, on veut que vous partiez. La solution, c’est quoi ? Si je donne ma démission, derrière, j’ai quoi ? » A 54 ans, elle n'en peut plus et lance un appel : « Ce n’est pas grand-chose de se priver de faire ses courses le dimanche. Je dirais à tout le monde : s’il vous plaît, ne faites pas vos courses le dimanche, aidez-nous ».

M. Chaillot avec Amélie Rosique