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Wingly rend le partage d'un avion aussi simple que le covoiturage

Wingly compte déjà 80.000 inscrits en France, Allemagne et Royaume-Uni dont 6.000 pilotes

Wingly compte déjà 80.000 inscrits en France, Allemagne et Royaume-Uni dont 6.000 pilotes - Niklas Hallen'n - AFP

Faire un Londres-Le Touquet ou un Paris-Île d'Yeu dans la journée, en avion privé, ce n'est plus réservé à la jet-set. Wingly met en relation pilotes et passagers afin de réduire les frais.

Il est 9h30 sur l'aérodrome de North Weadley, près de Londres, et Adam Nicholas s'apprête à survoler la capitale britannique grâce à une start-up française qui propose une application de coavionnage.

"C'est une manière exceptionnelle de voler. C'est une expérience unique", s'enthousiasme le jeune homme (27 ans) qui a fait appel pour la deuxième fois à Wingly. Cette application met en relation pilotes et passagers pour des vols d'agrément sur de courtes distances et à bas prix. Elle permet donc de s'adresser directement aux pilotes.

"En voilà encore un qui veut faire une surprise à son amoureuse...", s'amuse Somasekhara, un pilote qui affiche 290 heures de vol au compteur et l'ambition de travailler un jour pour une compagnie aérienne, en montrant une nouvelle requête qu'il vient de recevoir sur son téléphone. "Il y a un mois, j'ai reçu une demande pour un départ dans l'heure suivante. Coup de chance, c'était mon jour de repos et le couple a pu célébrer son anniversaire sur les côtes françaises".

Pour son vol avec Nicholas, il n'omet de lui donner aucun détail: vitesse, trajet, altitude. Et une fois les vérifications techniques effectuées, ils décollent tous deux à bord du quadriplace, propriété d'un aéroclub. Après une heure passée à 2000 pieds, ils sont de retour sur terre, sourire aux lèvres.

Pas en concurrence avec les vols commerciaux

L'objectif de Wingly est de démontrer que l'aviation privée est accessible", explique l'un de ses trois fondateurs, Emeric de Waziers, alors que voler reste une passion largement réservée à un petit nombre de privilégiés.

Lui-même pilote, le jeune homme de 25 ans, interrogé en France, souligne que le coavionnage "permet de voler moins cher et de vivre cette passion sans que l'argent soit un frein". L'heure de vol coutant entre 150 à 200 euros, il s'agit donc de partager les frais mais en aucun cas de faire de l'ombre aux vols commerciaux ou autres modes de transport. Il souligne se concentrer sur l'aspect "loisir et découverte" et cibler des destinations difficiles d'accès par les modes de transports traditionnels.

Les vols proposés par Wingly ne couvrent que des distances courtes et peuvent être annulés à tout moment en raison de la météo. Les trajets les plus populaires sont Londres-Le Touquet, Paris-Ile d'Yeu ou Paris-Belle Ile.

Pas de rémunération pour les pilotes

A l'appellation "l'Uber du ciel", Emeric préfère celle de "Blablacar du ciel" car Wingly permet de partager les frais du vol mais n'offre pas de rémunération aux pilotes.

Très populaire au Royaume-Uni et en Allemagne, le coavionnage n'a pas encore pris son envol en France à cause des restrictions imposées par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) jusqu'à très récemment. Cette dernière limitait les trajets à des vols circulaires de moins de 30 minutes et dans un rayon de 40 kilomètres, avec interdiction d'effectuer des trajets entre deux aéroports. Des restrictions levées par le Conseil d'État au mois de juin.

Des vols dès 30 euros

Basée à Paris, Wingly compte déjà 80.000 inscrits en France, en Allemagne et au Royaume-Uni dont 6.000 pilotes. Quelque 600 passagers par mois se partagent les 30.000 vols proposés sur la plateforme dont le principal concurrent est une autre start-up française, Coavmi. Les premiers prix pour un vol débutent à 30 euros, mais sur certains vols effectués en avion plus luxueux les prix peuvent grimper jusqu'à 200 euros. A l'assurance de base nécessaire pour voler, Wingly a voulu renforcer la couverture proposée aux passagers. La start-up a négocié un contrat avec Allianz qui porte les garanties à un million d'euros.

Avec une croissance mensuelle de 20% depuis sa création et plus aucun frein à son développement, Wingly veut s'attaquer au reste du marché européen pour prouver que l'aviation privée "n'est pas réservée à une élite". Avec environ 450 aérodromes rien qu'en France, Émeric se prend à rêver: "C'est presque trois fois plus que de gares TGV".

C.C. avec AFP