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Transports publics: entre 20.000 et 30.000 emplois menacés dans les mois à venir

Auditionné devant l'Assemblée nationale, Thierry Mallet, le président de Transdev et de l'Union des Transports Publics (UTP) a dressé un tableau sombre de la situation. La crise du COVID 19 a fortement déstabilisé le secteur et selon lui il manque "au moins 3 milliards d'euros".

"La situation est extrêmement critique"! Thierry Mallet, le patron de l'Union des Transports Publics (UTP) ne cache pas son inquiétude. Auditionné par la Commission du développement durable de l'Assemblée nationale, le PDG du groupe Transdev a décrit la catastrophe qui guette le transport public, dans toute la France.

"Notre modèle économique a été profondément bouleversé" explique-t-il. "Nous sommes face à un effet ciseaux avec, d'un côté des recettes en forte diminution (…) et d'autre part une augmentation des coûts."

En réalité, ce secteur "complexe", qui mêle à la fois les collectivités locales que les industriels ou les bureaux d'études, est pris entre plusieurs feux. D'abord, des recettes commerciales sont en très fortes baisses depuis le début du confinement. Les usagers boudent encore largement les transports publics préférant reprendre leur véhicule personnel ou se mettre au vélo. A cela, il faut ajouter les pertes massives pendant le confinement où les contrôles de titres étaient suspendus et donc de nombreux transports, de facto, gratuits. "L'impact commercial sera entre 40 et 60% sur l'année' souligne Thierry Mallet.

Une reprise encore trop lente

Autre problème: le "versement mobilité" est également en baisse. C'est cette somme que la plupart des entreprises verse chaque mois aux opérateurs de transports et qui correspond, par exemple, à la prise en charge de 50% du passe Navigo en Ile-de-France. Entre le maintien du télétravail, qui permet donc aux usagers de suspendre leur abonnement, et la lente reprise de l'activité, la baisse du "VM" représente 20% des 8 milliards d'euros par an qu'il représente. Enfin, la contribution des collectivités locales est elle aussi en forte chute.

Le monde du transport public a tenu jusqu'à présent grâce au chômage partiel et aux reports de charges. Mais plus pour très longtemps. Il manque "au moins 3 milliards d'euros", explique Thierry Mallet juste pour soutenir le secteur, sans même parler d'un plan de relance.

20.000 et 30.000 emplois en moins?

Une situation qui pourrait donc déboucher sur une réduction de l'offre de transport à la rentrée. Or, "une baisse de l'offre aurait un impact important en matière d'emploi, mais encore plus important en matière de cohésion sociale" indique le patron de Transdev. Entre 20.000 et 30.000 emplois seraient menacés dans les mois à venir. Les Etats-Unis, le Canada, l'Allemagne, les Pays-Bas ont tous soutenu leur transport public rappelle-t-il. La France doit maintenant s'y mettre.

Le 22 juin dernier, l'ex-secrétaire d'Etat aux Transports (devenu depuis ministre délégué aux Transports) Jean-Baptiste Djebbari avait assuré que l'Etat "sera aux côtés (...) de la Région Île-de-France" confrontée à des pertes massives de revenus pour gérer ses transports en commun. Le 9 juillet dernier, c'est la ministre de la Transition écologique qui a promis un "grand plan de relance pour le ferroviaire" et "tous ceux qui font du transport en commun", soulignant que Jean-Baptiste Djebbari planchait actuellement dessus.

Jean-Baptiste Huet avec Thomas Leroy