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Transports en commun: le défi financier face à la baisse du nombre de voyageurs

Selon le dernier Observatoire des Mobilités, la crise sanitaire a entrainé de lourdes pertes financières pour les opérateurs de transports en commun. Des changements d’usage plus profonds risquent de peser durablement sur l’équilibre financier des transports.

Moins de voyageurs depuis le premier confinement, des frais en hausse et des recettes en baisse, l’année 2020 met à mal l’économie des transports en commun. C’est ce qui ressort de l’Observatoire des mobilités 2020, dévoilé ce jeudi par l’Union des Transports publics et ferroviaires (UTP).

Trois milliards d'euros manquent déjà à l'appel

Le constat est sans appel. Pour fonctionner au quotidien chaque année en France, les transports publics urbains ont besoin de 8,5 milliards d’euros. Or cette année, ils font déjà état d’un manque à gagner de près de 3 milliards d’euros, entre les recettes commerciales non perçues (comme les tickets qui n’ont pas été achetés par les touristes par exemple) et la baisse du versement mobilité (les entreprises versent en effet une redevance pour les transports en commun).

A ce manque à gagner s’ajoutent 700 millions d’euros de perte sur le ferroviaire (TER et trains du quotidien). Et le tout sans compter sur la hausse des dépenses, notamment dans le nettoyage des rames: plus de 300 millions d’euros rien que pour le nettoyage de rames.

La mise en place depuis fin octobre du second confinement risque encore de creuser les finances des opérateurs, même si l’UTP ne peut encore chiffrer ces nouvelles pertes avec des modalités de confinement différentes.

Un autre signal inquiète les opérateurs: la baisse du nombre de voyageurs à long terme. Selon un sondage mené pour l’UTP, 30% des utilisateurs de transports en commun envisagent de se détourner des transports en commun. Les recettes perdues pourraient donc l’être durablement.

L'Union des Transports publics et ferroviaires note une baisse des passagers cette année.
L'Union des Transports publics et ferroviaires note une baisse des passagers cette année. © UTP
Ce chiffre est important, il faut cependant le nuancer, car 3% d’entre eux envisagent de ne plus utiliser du tout les transports en commun, 27% moins souvent, explique sur BFM Business Claude Faucher, délégué général de l’Union des Transports publics et ferroviaires. La crise sanitaire […] peut amener des changements […] structurels. Ils sont plus importants, comme le développement du télétravail, du e-commerce qui réduit la nécessité de se déplacer pour faire des achats, de la e-médecine, du e-enseignement".

Une partie des usagers s’est clairement reportée sur des moyens de transports individuels, de la marche à pied, au vélo en passant par la voiture personnelle.

Or "sans soutien financier, il existe un risque de réduction de l'offre de transport, qui pourrait entrainer des conséquences non négligeables sur le développement économique des territoires, avec de lourds impacts sociaux, notamment sur l'emploi (moins d’emplois, et moins d’accès à l’emploi)". Car faire circuler un bus plein ou un bus bondé s’avère équivalent en termes de coûts.

Baisse de la TVA, changement de tarification

Une partie des sommes non perçues a été compensée, via une compensation de 700 millions d’euros, versée par IDF Mobilités, une avance remboursable comprise entre 1,2 et 1,4 milliards d’euros ou encore des compensations votées dans les deux derniers projets de loi de finances rectificatifs (1,150 milliard d’euros au total).

L’UTP avance cependant plusieurs propositions pour essayer d’assurer à long terme le financement des transports, comme par exemple revoir la tarification en fonction de l’heure d’usage ou des revenus ou encore baisser la TVA. La tarification dépend cependant des autorités publiques de tutelles des opérateurs.

"Les défis sont de rassurer pour mettre en évidence que transports publics dès lors que les gestes barrière sont respectés, ne sont pas des lieux de contamination importants et faire aussi évoluer notre offre de transports avec les autorités organisatrices pour mieux répondre aux attentes des Français demain", précise sur BFM Business Claude Faucher.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto