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STX: accord de principe du gouvernement à une reprise par Fincantieri

Fincantieri entre au capital de STX.

Fincantieri entre au capital de STX. - Loïc Venance - AFP

Après des mois de discussions, l'italien Fincantieri va devenir actionnaire minoritaire des chantiers navals de Saint-Nazaire. Le français DCNS entre également au capital.

Après des semaines d'atermoiements, de déclarations et d'esbroufe diplomatique, la France et l'Italie ont trouvé un accord. Fincantieri, comme le souhaitait l'État français, ne sera pas majoritaire, puisqu'il prendra 48% des chantiers. À ses cotes un nouveau venu, la Fondation CR Trieste, jugée suffisamment crédible et indépendante par Paris. Elle doit prendre entre 5 et 6% du capital. Paris a obtenu qu’aucun pacte d’actionnaire ne soit conclu entre Fincantieri et CR Trieste. L’Italie sera donc majoritaire.

De son côté, Paris conserve sa minorité de blocage avec 33%, DCNS va prendre 12%. On notera la disparition des croisiéristes, les clients des chantiers, MSC Croisières et Royal Caribbean. Ces derniers s'étant positionnés pour intervenir en cas de nationalisation, c'est à dire "contre" Fincantieri."Ils ne pouvaient pas faire partie de l'attelage final" explique un proche du dossier.

Paris a fait plier Rome

François Hollande "avait donné carte blanche" sur ce dossier à Christophe Sirugue. De son côté, Fincantieri s'est engagé à maintenir l'emploi sur le site pendant au moins 8 ans, mais aussi l'indépendance du bureau d'étude de Saint-Nazaire. L'État français va disposer en outre d'un droit de veto pendant 20 ans sur les grandes décisions stratégiques.

Aussi, les droits de veto négociés porteront "sur les décisions conduisant par exemple à réduire de façon substantielle l'activité des chantiers, sur le transfert des propriétés intellectuelles ou sur leur savoir-faire, sur le développement de partenariats, construction de filiales ou acquisitions hors d'Europe", a précisé le ministre. Si d'aventure Fincantieri souhaitait remettre en cause l'accord, ou prendre certaines décisions, Paris pourrait toujours user de son droit de préemption. Une nationalisation est donc toujours techniquement possible. Par ailleurs, le Conseil d'administration du futur ensemble représentera la diversité de ce nouvel actionnariat.

Les représentants du personnel de STX France doivent maintenant se saisir du dossier et étudier les garanties offertes par l'Italie. L'avis du Comité d'entreprise n'est que consultatif. Christophe Sirugue précise que pendant les 2 mois qui viennent une nationalisation est toujours possible. Parallèlement, Fincantieri peaufine en ce moment ses discussions avec le tribunal coréen. Ils sont d'accord "sur la chose et le prix, donc sur l'essentiel", explique une source proche du dossier. On peut donc considérer que les chantiers de Saint-Nazaire sont bel et bien passé sou pavillon Italien. 

"Un projet industriel ambitieux"

Le projet présenté par Fincantieri est, selon Christophe Sirugue, "un projet industriel ambitieux", qui vise à renforcer les chantiers sur leur coeur de métier des navires de croisière, ainsi qu'à poursuivre la diversification, notamment dans les énergies marines. Il comporte des engagements sur la pérennité du site et de ses activités, l'investissement, le maintien et le développement de l'emploi.

"Les éléments que nous avons obtenus dans la négociation en termes de droit de veto dans le temps, c'est-à-dire durant les 20 ans du pacte d'actionnaires que nous avons négocié, sont des éléments suffisamment sécurisants, sans passer par une nationalisation", a souligné Christophe Sirugue.

Des syndicats partagés 

FO "déçue", la CFE-CGC et la CFDT "rassurées", la CGT sur sa faim : les syndicats ont réagi de façon mitigée la reprise des chantiers navals STX de Saint-Nazaire par l'italien Fincantieri. Les représentants syndicaux ont été reçus dans l'après-midi à Bercy par Christophe Sirugue. Après l'entrevue, la déléguée FO s'est montrée la plus critique.

"C'est une déception", a dit à l'AFP Nathalie Durand-Prinborgne, secrétaire de la section FO de STX France, qui s'attendait à une nationalisation. "Fincantieri est un concurrent direct, donc il y a une inquiétude sur les postes en doublon", a-t-elle ajouté, le bureau d'études, le service achats et le service commercial, soit "à peu près 500 postes." 

Toutefois, a-t-elle souligné, "majoritairement, les candidats à la présidentielle se sont exprimés pour l'utilisation du droit de préemption. Si le contrat entre Fincantieri et le tribunal central de Séoul est signé dans les semaines à venir, le droit de préemption peut courir jusqu'au mois de juillet, donc le nouveau gouvernement pourrait éventuellement l'utiliser".

Jean-Baptiste Huet avec AFP