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SNCF: après un mois de mobilisation, la grève a-t-elle échoué?

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- - Pascal Pavani - AFP

Mobilisation en baisse, gouvernement inflexible, soutien faible de l'opinion publique... Les syndicats ont-ils perdu la bataille de la grève?

"Une mobilisation forte et innovante", "un bras de fer avec le gouvernement", voilà comment le 15 mars dernier les syndicats de cheminots comptaient bloquer le projet de gouvernement de réforme du statut des salariés de la SNCF. Alors que la grève a débuté le 3 avril, qu'en est-il près d'un mois plus tard? Bilan de la grève en 3 questions:

1. La mobilisation s'essouffle-t-elle?

Refaire 1995. Tel était la volonté des syndicats lorsqu'ils ont déclenché le 3 avril dernier cette inédite grève par intermittence. Mais à la différence du mouvement d'il y a 23 ans, le mouvement aura dès le début été moins suivi.

Le 3 avril dernier, le taux de grève s'est en effet établi à 33,9% du personnel de la SNCF et a depuis régulièrement chuté (malgré deux rebonds les 19 et 24 avril ) jusqu'à atteindre 17,9% du personnel. Pour rappel, en 1995, au plus fort du mouvement, le taux de grévistes avait atteint 60% du personnel. 

Même chez les conducteurs et les contrôleurs, il semble y avoir un essoufflement. Après une forte mobilisation initiale des personnels soumis à déclaration d'intention de grève (77% des conducteurs et 69% des contrôleurs le 3 avril), le taux est longtemps resté stable avant de montrer lui aussi des signes d'essoufflement ces derniers jours.

Chez les conducteurs de train par exemple, le taux qui était toujours de 62,6% le lundi 23 avril, est tombé sous 50% (49,6%) lors du week-end dernier. Ce qui explique l'amélioration du trafic ces derniers jours avec ce week-end le moitié des TGV, un tiers des Intercités et deux TER sur cinq en circulation.

2. Qu'ont réussi à négocier les syndicats?

Alors que les représentants syndicaux s'apprêtent le 7 mai prochain à rencontrer le Premier ministre, pour l'heure le gouvernement n'a fait qu'une seule concession aux revendications: la reprise à partir de 2020 de la dette de 55 milliards d'euros de l'entreprise par l'Etat. Pour le reste, le gouvernement n'a pas bougé sur les éléments essentiels du Pacte ferroviaire adopté le 17 avril dernier en première lecture à l'Assemblée: la disparition du statut des cheminots pour les nouvelles embauches dès 2020, le changement de statut de l'entreprise et la filialisation du fret.

Cependant, la CFDT Cheminots a joué une carte différente en demandant à certains députés de formuler des amendements lors de la discussion du projet de loi à l'Assemblée. Le syndicat réformiste a formulé une vingtaine d’amendements dont treize destinés à protéger les cheminots qui seraient transférés dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des lignes TER. Quelques-uns ont finalement été votés notamment un sur le transfert des agents SNCF à un opérateur privé en cas d'appel d'offre sur les TER. Ce transfert se fera sur la base du volontariat.

3. L'opinion publique soutient-elle la grève?

C'est un peu le nerf de la guerre des grèves. En 1995, c'est le soutien massif de l'opinion publique (deux tiers des Français soutenaient alors le mouvement) qui avait fait reculer le gouvernement. Pour le mouvement actuel, le soutien sans être négligeable est pour l'heure bien plus faible. Selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche du 28 avril, 41% des Français soutiennent désormais la grève. Un taux qui l'a aussi semble fléchir puisqu'ils étaient de 47% en début de mouvement. A titre de comparaison, les mouvements contre la loi El Khomri avaient en 2016, le soutien de 60% des Français.

Mais pourquoi dans un contexte qui pourrait sembler similaire à 1995 (réforme de la SNCF quelques mois après une élection), l'opinion cette fois semble ne pas suivre majoritairement? Pour Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP (Conseils, analyses, perspectives) et enseignant à Sciences-Po et HEC, interrogé dans L'Obs, tout est lié au contexte politique: 

"A peine avait-il été élu président de la République, Jacques Chirac a renoncé à ce qui avait fait son élection, à savoir la lutte contre la "fracture sociale". Un certain nombre de Français a donc vu dans ce mouvement une occasion de lui envoyer un message et de le rappeler à ses promesses. C'est ce que j'ai appelé à l'époque une "grève par procuration". Plus que le contenu de la réforme, c'est cette déception politique qui explique en grande partie que les Français aient soutenu les cheminots.
Nous sommes, il me semble, dans une situation politique tout autre aujourd'hui. Emmanuel Macron est pour l'instant fidèle au discours électoral qu'il a tenu au cours de la campagne présidentielle. Il n'y a pas, à la différence de 1995, de sentiment de trahison dans l'opinion publique."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco