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Ryanair: une ex-hôtesse dévoile les dessous de l'as du low cost

Ryanair s'est taillé une réputation de briseur de coût dans l'aérien en partie entretenue par les saillies répétées et provocatrices de son PDG, Michael O'Leary.

Ryanair s'est taillé une réputation de briseur de coût dans l'aérien en partie entretenue par les saillies répétées et provocatrices de son PDG, Michael O'Leary. - Philipe Huguen-AFP

Dans son livre témoignage, cette ancienne chef de cabine dénonce les méthodes employées par Ryanair pour écraser ses concurrents. Précarité absolue, salaires rabotés, surveillance incessante... le quotidien des navigants commerciaux y est décrit sans détour. Edifiant.

Le succès commercial de Ryanair a un "coût social", en partie acquitté par les salariés de la célèbre compagnie low cost irlandaise. C'est le thème central d'un livre témoignage publié par une ancienne hôtesse de l'air française. Devenue chef de cabine, elle a démissionné après quatre ans et demi de présence et... de dur labeur ! Qu'on en juge...

"J'ai été embauchée en 5 minutes sans conditions de diplôme mais à la condition d'avoir les moyens de payer ma formation de 1.400 livres (NDLR: 2.000 euros)" explique Sofia Lichani, invitée de l'émission Les Grandes Gueules sur RMC.

Elle signe un ouvrage intitulé avec humour, "Bienvenue à bord" (éditions Les Arènes, écrit avec Thomas Rabino), qui se présente comme un témoignage sur les impacts sociaux et économiques du "modèle" low cost.

Seules les heures passées en vol sont payées

Employée en 2006 sous contrat irlandais par Crewlink, agence d'intérim travaillant pour Ryanair, la jeune femme signe un CDD de 3 ans alors qu'elle travaille en France. Et elle découvre un univers "impitoyable" où règne le dumping social.

Toutes les heures de travail ne sont pas payées, loin s'en faut. Le salaire est calculé au plus juste, payé uniquement au temps de vol effectué. "Le briefing avant le vol, n'est pas payé. L'embarquement n'est pas payé, les procédures de sécurité non plus. Nous sommes payés uniquement quand l'avion roule et qu'il décolle. Au débarquement, il faut faire le ménage, qui n'est pas payé non plus", explique-t-elle sur l'antenne de RMC.

Bien entendu, "quand on tombe malade, il n'y a pas de salaire" ajoute la jeune femme.

Résultat, son premier mois de salaire s'est élevé à ... 400 euros. Sofia Lichani a calculé que sur ses 55 mois passés chez Ryanair, elle a effectué au total 5.000 heures de travail en étant payé seulement 3.700 heures.

Outre les salaires, le quotidien des personnels navigants commerciaux n'est pas toujours reluisant. La pression est constante sur eux, sous le contrôle aléatoire de passagers mystères s'assurant que les instructions sont appliquées à la lettre dans les avions de la compagnie.

A l'aune de cette surveillance discrète, Sofia Lichani fut prise une fois en défaut. L'hôtesse de l'air a commis l'erreur de ne faire l'annonce commerciale pour la vente de parfums à bord qu'en langue française, dans un avion reliant Marseille à Lille, bondé de... Français. Mais, manque de chance, un passager mystère était à bord, raconte l'ex-hôtesse de l'air.

L'importance financière des ventes à bord

Les commissions sur ces ventes à bord font partie intégrante du système de rémunération chez Ryanair, le salaire de base étant modique. "Quand j'ai eu un vrai contrat, je touchais 800 euros en tant que junior débutante, auxquels s'ajoutaient les heures de vol et et les commissions sur les ventes. Puis, comme chef de cabine, mon salaire était de 1.200 euros, sans les heures de vol".

La compagnie low cost recrute sans peine des jeunes issus de pays (Espagne, Portugal, France) où le chômage sévit mais qui, tous, ambitionnent d'intégrer ultérieurement une grande compagnie aérienne.

"Ryanair taille des croupières à ses concurrents qui recrutent moins, du fait de cette concurrence. C'est un cercle vicieux" explique la jeune femme. Des propos qui résonneront dans notre pays, au moment où Air France est sous la menace d'un nouveau plan de restructuration.

Frédéric Bergé