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Porsche gère-t-il la rareté pour augmenter ses marges et favoriser la spéculation?

La nouvelle Porsche 911 GT3, dernière variante du mythique coupé.

La nouvelle Porsche 911 GT3, dernière variante du mythique coupé. - Porsche AG

La marque allemande se défend de pousser à la spéculation sur certains de ses modèles. Mais la multiplication des séries limitées fait gonfler les prix et la demande autour de ces modèles, dont la mythique 911.

C'est la dernière nouveauté signée Porsche. Une carrosserie dorée, du carbone, et 607 chevaux sous le capot, soit la 911 la plus puissante au catalogue. Produite à seulement 500 exemplaires, cette 911 Turbo S Exclusive Series se négocie en toute logique très cher: 263.735 euros, soit 57.600 euros de plus qu'une 911 Turbo S classique.

Pourtant, parmi les futurs propriétaires de ce bolide, ceux qui lui feront régulièrement prendre l'air régulièrement ne seront pas assez nombreux. Du moins aux yeux de Porsche. Il y a deux semaines, lors des essais d'une autre 911, la nouvelle génération de GT3, le directeur projet véhicules GT du constructeur allemand s’est montré très clair à ce sujet.

"Personnellement, j’aime voir qu’on roule avec nos voitures, c’est dans ce but que nous les développons. Elles sont tout simplement trop abouties pour être exposées et prendre la poussière, a confié au magazine britannique Car&Driver Andreas Preuninger. Je n’aime pas ce commerce de certaines personnes qui les achètent pour gagner de l’argent. Le but des séries limitées n’est pas de faire prendre de la valeur à un modèle. Nous ne voulons pas déposer de l’argent sur le toit de chaque voiture, dès qu’elle sort de l’usine".

Des séries limitées sur des modèles très récents

Les choses ne semblent pourtant pas si simples. Le monde des supercars, et des constructeurs comme Porsche, multiplient en effet ces séries inédites depuis quelques années. Il y a plusieurs décennies, elles servaient à écouler les pièces et organes lorsqu’un modèle arrivait en fin de vie.

Désormais, elles poussent à la consommation, à l’exclusivité, sur des modèles récents comme la 911, sans apporter beaucoup de nouveautés au-delà d'une teinte de carrosserie inédite. Elles assurent en revanche la belle rentabilité de marques comme Porsche, qui profitent de cet engouement, au point d’irriter certains clients…

Des acheteurs de 911 R se sont en effet plaint de l’arrivée de la 911 GT3, un an seulement après la R. Présentée (par la presse au minimum) comme la dernière 911 à boite mécanique, elle a suscité l’engouement des acheteurs.

Lancée en 2016, sa production a en effet été limitée à 991 exemplaires (comme le nom de code de l’actuelle génération de 911), avec une sélection drastique des futurs propriétaires et un tarif prohibitif (à partir de 189.544 euros). Elles ont toutes été vendues. Résultat: la vente aux enchères de deux exemplaires ces derniers mois a depuis doublé le prix d’origine. Or, la 911 GT3, peu ou prou identique à la R, un aileron en bonus, affiche un tarif beaucoup moins élevé: 70% de moins que la dernière R d’occasion!

Surveiller les prix du marché

"Quand je dis que nous ne sommes pas un fonds spéculatif, je m’adresse à ceux qui nous ont reproché d’offrir une boite manuelle similaire à la R, s’est aussi défendu Andreas Preuninger. Mais si des clients veulent acheter une voiture comme celle-ci [la GT3, ndlr], en tant qu’entreprise, nous devons essayer de satisfaire leur attente". Et in fine, vendre plus de voitures à des collectionneurs toujours plus friands, même si Andreas Preuninger a confié que la marque suivait de près la spéculation autour de ces modèles, pour ne pas l'encourager.

Un spécialiste de la marque reconnait que la sortie rapprochée des 911R et GT3 n’était peut-être pas une bonne opération de communication pour le constructeur. "Porsche a raison de dire qu’il n’est pas un fonds spéculatif, commente ce spécialiste. Mais le constructeur joue cependant ce jeu: le marché est aussi créé par Porsche, qui contribue à la flambée des prix, avec la 911R par exemple". Faute avouée à moitié pardonnée? Rappelons que près de 70% des ventes de Porsche reposaient en 2016 sur les SUV Macan et Cayenne. Au premier trimestre, le résultat opérationnel du constructeur de Zuffenhausen a frôlé le milliard d'euros.

Pauline Ducamp