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Les taxis face à la puissance d'Uber 

Depuis des décennies, le prix de ce sésame augmente chaque année. Dans les années 90, un artisan pouvait ainsi financer sa retraite. Désormais, ce sera plus délicat.

Depuis des décennies, le prix de ce sésame augmente chaque année. Dans les années 90, un artisan pouvait ainsi financer sa retraite. Désormais, ce sera plus délicat. - Thomas Samson (AFP)

Les taxis se mobilisent ce jeudi pour dénoncer  l'application mobile UberPop. Une nouvelle concurrence qui déséquilibre leur activité.  Pris à la gorge, certains artisans sont contraints au dépôt de bilan.

Les chauffeurs de taxis sont en colère. Des centaines d'entre-eux sont mobilisés, ce 25 juin, dans plusieurs villes de France et perturbent la circulation pour dénoncer la concurrence sauvage d'UberPOP.

Lancée par le groupe américain des voitures de transport avec chauffeur (VTC) Uber, cette application mobile propose un service à prix cassés qui met en relation des passagers et des conducteurs non professionnels assurant le transport avec leurs véhicules personnels.

Ce qui indigne les taxis, c'est que ces chauffeurs sont des particuliers qui ne paient ni cotisations sociales ni impôts. Ils n'ont pas non plus suivi les 250 heures de formation nécessaires pour obtenir un agrément et ne sont pas assurés professionnellement.

Les taxis demandent donc davantage de contrôle et la désactivation de toutes ces applications, autrement dit l'application de la Loi Thévenoud qui interdit une prestation de transport routier "à titre onéreux" si l'on n'est pas enregistré comme chauffeur de taxi ou VTC.

Car cette nouvelle concurrence fait du tort à leur activité. Selon Séverine Bourlier, secrétaire générale de l’Union Nationale de Taxis (UNT) la situation est grave. Pour la première fois, l'UNT a vu de petites sociétés de taxis tenues par des artisans se déclarer en faillite. Les clients se font plus rares du fait de la concurrence exercée par les sociétés de VTC. Et de surcroît, les chauffeurs qui veulent vendre leur licence doivent réviser leurs ambitions à la baisse. Le prix des plaques parisiennes a lourdement baissé ces dernières années. De 250.000 euros en 2013, elles se vendent désormais autour de 200.000 euros, voire moins, selon Séverine Bourlier.

Même constat du coté de Maitre Siboni, commissaire-priseur en région parisienne. Les enchères qu'il organise à la suite de difficultés financières rencontrées par leurs propriétaires attirent toujours du monde, mais les prix n'atteignent plus des sommets. Elles démarrent bas, à moins de 100.000 euros, et trouvent preneur au prix du marché, soit actuellement à 200.000. "Jusqu'en 2014, nous pouvions parfois monter à 250.000 euros", nous a-t-il confirmé.

Les effets pervers de l’offre et la demande

Cette situation est inédite. Depuis des décennies, le prix de ce sésame augmentait chaque année. Dans les années 90, un artisan pouvait ainsi financer sa retraite. Désormais, ce sera plus délicat.

La multiplication des faillites aurait créé une offre supérieure à la demande. De plus en plus de chauffeurs de taxis passent d'ailleurs au VTC. "Pourquoi entrer dans cette profession quand aujourd’hui, on peut transporter des personnes simplement en téléchargeant une appli gratuite ?" réagit l’UNT.

Brahim en est un bon exemple. Ce professionnel a exercé le métier de taxi à Paris pendant 7 ans avant de jeter l’éponge. En 2015, il a décidé de vendre sa plaque 203.000 euros pour devenir VTC. "C’est le même métier, mais sans les contraintes légales et fiscales qui pénalisent les taxis", explique-t-il.

Aussi étrange que cela paraisse, et contrairement à ce que certains pensent, il n’y a pas de régulation des prix des licences qui n’est soumis qu’aux règles de l’offre et la demande. La préfecture de police de Paris, qui gère près de 18.000 taxis parisiens, insiste sur le fait qu’elle ne joue aucun rôle sur les prix de revente des licences. Rappelons que cette fameuse "plaque" est, officiellement, une "autorisation de stationnement, attribuée gratuitement. Sa cession contre rémunération est une tolérance.

Pourquoi le maintien d'UberPop leur fait craindre le pire

Brahim est persuadé qu'il a choisi le bon moment pour vendre. "Plus que les VTC, c’est UberPop qui nous inquiète. Si jamais cette activité devenait légale, la licence ne vaudra plus rien. Pourquoi investir dans une voiture, une plaque et se soumettre aux obligations fiscales ? Il faudrait être bête pour continuer !"

Les VTC sont des concurrents soumis à des règles. Par contre, UberPop est le vrai problème", reconnaît de son côté Séverine Bourlier pour qui cette activité n’est rien d’autre qu’une forme de travail clandestin.

Désormais, le sort du service le moins cher d'Uber est entre les mains de la justice qui ne peut plus beaucoup avancer. En recourant à des questions prioritaires de constitutionnalité, la filiale française du géant américain a gelé les procédures. Le groupe a saisi les Sages sur deux points: la géolocalisation et le mode de tarification des VTC.

Lors de sa dernière audience qui a eu lieu le 31 mars, la Cour d’Appel de Paris a, elle, rejeté les demandes d'injonction à l'encontre du service. UberPop peut ainsi poursuivre son activité pour au moins trois mois, le temps que la Cour de cassation se prononce sur la transmission du dossier au Conseil constitutionnel au plus tard le 30 juin.

Le blocage du dossier laisse les taxis dans une véritable incertitude. Une chose est certaine, l'arrivée de cette nouvelle concurrence donne raison à Jacques Attali qui leur avait proposé un horizon plus sûr dans son rapport: augmenter le nombre des taxis et instaurer une compensation financière à la baisse du prix des licences que cette mise sur le marché de nouveaux acteurs aurait généré.

Pascal Samama