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Le succès des start-up du permis de conduire

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- - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Emmanuel Macron annonce une baisse «drastique» du cout du permis de conduire. Une mesure accueillie avec inquiétude par les professionnels de l'éducation routière traditionnelle. D'autres ce sont déjà lancés dans la course au permis low cost...

L'annonce réjouit les futurs conducteurs. Beaucoup moins les dirigeants des auto-écoles traditionnelles. Le Président de la république annonce une baisse «drastique» du coût du permis de conduire dans le cadre de la loi mobilité. Le code serait intégré à la partie scolaire. Emmanuel Macron veut également « aider à avoir le permis plus vite et moins cher, et aider à l'acquisition du premier véhicule ». Il faudra patienter pour les détails. Le projet de loi sur les mobilités devrait être présenté fin novembre en Conseil des ministres.

Le prix du permis est d'environ 1 600 euros. Un tarif qui n'est pas à la portée de toutes les bourses malgré la réforme du permis de conduire menée en 2014. Elle avait notamment pour objectif de réduire les délais de passage d'un deuxième examen en cas d'échec à la première tentative. Il est ainsi passé de 93 à 63 jours en moyenne, réduisant ainsi les coûts pour le candidat qui repasse par conséquent moins d'heures de conduite entre 2 examens.

Par ailleurs, depuis juillet 2016, le dispositif du « permis à un euro par jour », qui permet à un candidat de financer son permis avec un prêt à taux zéro remboursé à un euro par jour, a été étendu. Avec la loi égalité et citoyenneté de 2017, il peut également être financé via le compte personnel de formation.

Mais depuis plusieurs années, les start-up fleurissent pour proposer un permis "low cost", et ainsi permettre au plus grand nombre de décrocher le fameux papier rose. Des auto-écoles 2.0, qui "ubérisent" le secteur. Une petite révolution pour le permis de conduire qui a débuté en 2014 avec l'arrivée des plateformes en ligne permise par la loi Macron.

Parmi elles, Ornikar. Il s'agit d'une plateforme de mise en relation d'apprentis conducteurs avec des moniteurs diplômés d'Etat et disponibles dans 300 villes de France. Pour le code, les révisions se font directement en ligne, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Sa promesse: un permis moins cher, sans contraintes et plus rapide.

Au final, elle propose un prix défiant toute concurrence: 750 euros pour le code et le permis, soit 2 fois moins cher qu'un permis obtenu dans un parcours classique. Ornikar se targue de bons résultats: 90% de réussite au code de la route. Un système avantageux pour les candidats au permis, mais aussi pour les moniteurs qui perçoivent une rémunération plus importante qu'un moniteur salarié dans une auto-école traditionnelle. Près de 20% de plus.

Les start-up accusées de concurrence déloyale

Un parcours pourtant semé d'embuches pour la start-up qui a vu le jour en 2013. Elle a dû faire face aux attaques des syndicats d'auto-écoles qui l'accusaient de concurrence déloyale. Le tribunal a finalement tranché, estimant que l'activité d'Ornikar ne constituait pas un trouble manifestement illicite. Huit autres procès ont suivi. Résultat: 24 mois d'attente avant d'obtenir les autorisations nécessaires.

Depuis, Ornikar trace sa route possédant 20% du marché du permis de conduire. L'entreprise a récemment levé 10 millions d'euros au printemps dernier. Une opération qui doit lui permettre de se développer en lançant son service dans plusieurs pays européens, mais aussi de proposer de nouveaux services comme la vente de voitures et une assurance jeune conducteur.

Et l''idée a fait des émules. «En voiture Simone» s'est également engouffré dans la brèche du permis low cost. Mêmes tarifs et même principe: des cours de code en ligne, et pour la pratique, le candidat peut choisir entre 150 moniteurs indépendants et diplômés. L'entreprise revendique plus de 70 000 candidats depuis sa création en 2015. Déjà installée dans 5 grandes villes, Paris, Lyon, Lille, Toulouse et Bordeaux, la petite entreprise voit plus grand. Elle espère couvrir le territoire dans les prochains mois. Un beau succès pour la start-up qui a elle aussi dû affronter la colère des syndicats d'auto-écoles. Un an après sa création, la start-up était attaquée en justice. Elle a finalement gagné le droit d'exercer après deux procès.

D'autres ont fait le choix d'associer numérique et présence physique, un mélange entre modernité et tradition. C’est le cas d’Auto-école.net qui s'est lancée sur le marché en 2014. Elle possède 17 agences en France. Les apprentis conducteurs ont donc le choix de réviser leur code en ligne ou dans les locaux. Autre différence: elle dispose de ses propres moniteurs, salariés de l'entreprise. Plus de 40 mille personnes ont suivi la formation depuis sa création. Et là aussi, les perspectives sont grandes: l'entreprise a levé 2 millions d'euros en mai dernier pour s'étendre dans une centaine de villes supplémentaires.

Sandrine Serais