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Le plan du gouvernement pour sauver Air France

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Bercy planche sur plusieurs scénarios pour aider la compagnie aérienne. Une nationalisation est complexe à réaliser et doit être concertée avec les Pays-Bas. L’idée d’une aide publique sous forme de prêts en capital, comme cela avait été fait pour les banques en 2008, est aussi sur la table. Une solution plus simple qui pourrait être élargie à d’autres entreprises.

L’urgence est réelle. Air France réduit de jour en jour ses vols dans le monde et aussi en France. Sa filiale Hop !, qui opère sur les vols intérieurs va aussi suspendre ses dessertes. La situation financière d’Air France KLM est sensible. Son activité va baisser de 80 à 90% dans les prochaines semaines. Bien que le groupe dispose de 5,5 milliards d’euros de trésorerie, le gouvernement travaille à une aide publique envers la compagnie dont il détient 14,3% du capital. Le sujet devait être abordé en marge du conseil d’administration d’Air France KLM qui s’est tenu jeudi après-midi.

Air France a besoin d’un soutien public dans "les semaines qui viennent", selon un bon connaisseur du dossier. En milieu de semaine, "le schéma d’une nationalisation de la compagnie était encore étudié" explique un conseiller régulier de Bercy. Mais il est complexe, lourd et long à mettre en place. Il nécessite un accord, financier et surtout politique, des Pays-Bas qui détiennent aussi 14% d’Air France KLM. Cette option ne semble pas non plus du goût de la direction. "C’est complexe et cela n’apporterait pas de cash" explique un dirigeant du groupe.

Solidité financière

Selon plusieurs sources, le ministère de l’Economie planche sur un autre scénario consistant à des "prêts en capital" comme l’Etat l’avait déjà fait pour les banques en 2008. "On y travaille" confirme-t-on sobrement à Bercy. Ce schéma permet de prêter de l’argent pour renforcer le bilan de l’entreprise sans rentrer à son capital et sans modifier sa gouvernance. Il permettrait surtout à Air France d’asseoir sa solidité financière pour continuer à emprunter sur les marchés, ou au moins auprès des banques, grâce à la garantie de l’Etat. "Ce système a très bien fonctionné avec les banques en 2008 et l’Etat avait même gagné de l’argent" abonde un grand patron. L’Etat peut fixer un taux d’intérêt à la fois intéressant pour lui, de l’ordre de 2 ou 3%, et pas trop lourd pour l’entreprise.

15 milliards de liquidités

Selon un dirigeant de banque, Bercy "réfléchit à renouveler ce système qui permet d’aider toutes les entreprises, pas seulement pour Air France". En ligne de mire, Renault suscite des craintes. Le constructeur a fermé toutes ses usines en France, Espagne mais aussi au Portugal, au Maroc, en Roumanie et en Slovénie. Il dispose de 15 milliards de liquidités qui permettent de tenir "jusqu’à l’été" explique un bon connaisseur du groupe. Une nationalisation ou même une augmentation de la participation de l’Etat (15%) est inimaginable pour la direction de Renault car cela ferait exploser l’alliance, déjà fragile, avec Nissan. Le système de prêt en capital serait, là aussi, une solution plus adaptée.