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Le gouvernement engage la périlleuse réforme du rail

Le gouvernement souhaite aller vite, mais les syndicats ont prévenu qu'ils n'accepteraient pas le recours aux ordonnances pour transformer la SNCF.

Le gouvernement souhaite aller vite, mais les syndicats ont prévenu qu'ils n'accepteraient pas le recours aux ordonnances pour transformer la SNCF. - Joel Saget - AFP

Le Premier ministre Édouard Philippe dévoilera ce lundi sa stratégie pour transformer la SNCF. Les syndicats de cheminots, eux, agitent la menace d'un "conflit majeur" en cas de passage en force.

Le gouvernement doit dévoiler ce lundi sa stratégie pour conduire la réforme à haut risque du rail et de la SNCF.

Le Premier ministre Edouard Philippe, qui a prévu de s'adresser à la presse à 10h, précisera "les questions de méthode et de calendrier" et "les grands axes" de sa réforme, selon ses services. Il doit notamment expliquer comment il compte s'y prendre pour préparer l'ouverture à la concurrence, transformer la SNCF, et reprendre éventuellement une partie de sa lourde dette.

La fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés, à l'exemple de ce qui a déjà été fait pour La Poste et Orange, fait partie des pistes envisagées par l'ex-patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, dans un rapport très critiqué par les syndicats de cheminots.

Ces derniers n'appellent pour l'instant qu'à une manifestation le 22 mars, mais ils ont convenu de se concerter mardi, après les annonces de Matignon.

Opter pour les ordonnances "risque d'envenimer les choses"

Les fédérations CGT, UNSA, SUD-Rail et CFDT ont déjà menacé le gouvernement d'un "conflit majeur" s'il choisissait la voie des ordonnances, comme pour la loi travail, afin de faire passer tout ou partie de son projet.

Le gouvernement doit toutefois aller vite sur une partie du dossier, car le "quatrième paquet ferroviaire" européen, qui prévoit l'arrivée de la concurrence sur les rails, doit être transcrit dans le droit français avant le 25 décembre.

"Ce que veut faire le gouvernement, c'est-à-dire passer en force sans discussions, sans mettre le doigt sur les véritables problèmes, eh bien cela risque d'envenimer les choses", a encore prévenu dimanche sur France 3 le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

"Je défie qui que ce soit de me dire que le problème de la SNCF, le problème des trains en retard, le problème des trains annulés et des voies qui sont mal entretenues c'est à cause du statut des cheminots", a fustigé le syndicaliste, imputant ces "problèmes" aux "gouvernements successifs qui ont privilégié" les lignes à grande vitesse ou délaissé les embauches.

Parmi ses 43 propositions au gouvernement, Jean-Cyril Spinetta suggère aussi que la société publique puisse lancer temporairement des plans de départs volontaires. Et en cas de passage de certaines lignes à la concurrence - ce qui pourrait être possible pour les TER dès la fin 2019 -, il estime que les personnels devraient être transférés chez les nouveaux exploitants (sans toutefois perdre la plupart de leurs avantages).

Fermeture des petites lignes: concertation avec les régions

Concernant le statut de la SNCF, le rapport Spinetta propose que ses deux principales composantes, SNCF Mobilités et SNCF Réseau, soient transformées en sociétés anonymes à capitaux publics -comme l'était la SNCF avant 1982-, de façon à ne plus bénéficier automatiquement de la garantie illimitée de l'État.

Pour l'ancien patron d'Air France, l'État devrait aussi reprendre "une part" de la très lourde dette de SNCF Réseau (46,6 milliards d'euros à la fin 2017). Il suggère par ailleurs de "recentrer le transport ferroviaire sur son domaine de pertinence: les transports du quotidien en zone urbaine et périurbaine, et les dessertes à grande vitesse entre les principales métropoles". Avec une conséquence qui a fait couler beaucoup d'encre ces derniers jours: la fermeture des "petites lignes" dont la remise à niveau coûterait trop cher.

Matignon a déjà répondu sur ce point que le gouvernement agirait au cas par cas, en concertation avec les régions.

Y.D. avec AFP