BFM Business

Le départ de Carlos Ghosn a-t-il provoqué la chute boursière de Renault et Nissan?

Lors de sa conférence de presse, l'ancien PDG a martelé que les conséquences de son départ de l'alliance avaient été terribles pour la valorisation des deux constructeurs. Pour l'économiste Elie Cohen, il convient de largement nuancer cette affirmation.

C'est un des moments forts de la conférence de presse de Carlos Ghosn ce mercredi. Pour l'ancien PDG de l'alliance, son départ a été néfaste pour la santé financière de Renault et Nissan. "Depuis mon départ, la capitalisation de Nissan a perdu plus de 40 millions de dollars par jour, et celle de Renault plus de 20 millions d'euros par jour", a-t-il asséné. 

Une estimation conforme à la réalité, selon un calcul effectué par BFM Bourse. Les titres de Renault et de Nissan valaient en effet 64,50 euros et 1010 yens le 16 novembre 2018, contre 42,60 euros et 636,10 yens respectivement fin 2019. Soit une baisse de valorisation en Bourse de 6,476 milliards d'euros dans le cas du constructeur français et de 1.578 milliards de yens (environ 14,5 milliards de dollars) pour le constructeur nippon. Le tout en l'espace de 409 jours calendaires. En retenant un peu moins de 300 jours ouvrés, cela revient à une dépréciation de 22,16 millions d'euros en moyenne journalière pour Renault et de 49 millions de dollars en moyenne pour Nissan.

Mais pour l'économiste et directeur de recherche au CNRS Elie Cohen, invité ce jeudi sur BFM Business dans l'émission "12h, l'heure H", cette conception du "après moi le déluge" est largement exagérée voire fausse. 

Des difficultés chez Nissan bien avant son arrestation

"Je veux bien que son départ ait été un séisme pour l'entreprise. Mais, d'une part, l'entreprise connaissait déjà des difficultés avant son départ puisque lui même signale que Nissan était sur une mauvaise trajectoire. Et c'est parce qu'il voulait redresser la gestion de Nissan que, en gros, il a suscité la mobilisation des cadres nationalistes de Nissan pour le virer. Et donc au-delà pour atteindre l'alliance et pour défaire le lien entre Nissan et Renault. Lui même reconnaît qu'il y avait des problèmes chez Nissan et les problèmes de Nissan, on le sait, étaient liés à des difficultés sur certains de ses marchés", détaille l'économiste.

"D'autre part, ça vient d'être rappelé, au cours des 18 derniers mois, on a connu un ralentissement très fort du marché mondial de l'automobile à cause de la querelle commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, à cause du ralentissement des importations chinoises, à cause d'une certaine baisse de la consommation. Donc la crise de l'automobile qu'on connaît est à la fois une crise conjoncturelle depuis 18 mois à peu près et une crise structurelle, c'est la crise du passage au véhicule électrique, la crise du diesel, etc. Et ça, ça n'a rien à voir avec le départ de Carlos Ghosn", poursuit l'économiste.

Et d'enfoncer le clou: "la crise de l'automobile mondiale n'est pas liée à la personne de Carlos Ghosn ou à la personne de ses successeurs à la tête du groupe. Donc pour le moins, il a été assez sévère et puis surtout, quand il dit que l'entreprise n'a plus ni stratégie, ni technologie ni management, alors on se dit c'est terrifiant (...) Je trouve que comme critique de la stratégie, comme mise en pièces de ses successeurs, il y est allé fort et on ne s'y attendait pas vraiment".

Olivier Chicheportiche