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Les deux raisons du "complot" japonais, selon Carlos Ghosn

L'ancien patron de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi estime que deux éléments centraux expliquent la défiance du gouvernement japonais et des dirigeants de Nissan à son égard. Des éléments qui ont conduit à un "complot" le visant.

L'heure est à la défense ! Avant de répondre aux questions des journalistes, Carlos Ghosn a débuté sa conférence de presse, ce mercredi, par une longue introduction où il a notamment évoqué les deux raisons principales pour lesquelles, selon lui, Nissan aurait lancé ce "complot" contre lui.

Premièrement, il évoque d'abord les performances de Nissan, relancé par Renault au début des années 2000 pour en faire "une entreprise rentable qui grandissait" explique Carlos Ghosn. "Malheureusement, en 2017, il y a eu un déclin des performances de l'entreprise. En 2018, encore un autre déclin." Donc "il y avait de la nervosité dans les rangs des dirigeants" de Nissan, conclut Carlos Ghosn.

Une montée au capital de l'Etat français qui est mal passée

La deuxième raison est à trouver en France, avec la mise en place de la loi dite Florange qui consiste à attribuer aux actionnaires de long terme (présents depuis plus de deux ans) des droits de vote double. Et donc un pouvoir largement accru par rapport aux autres investisseurs.

L'Etat, par la voix du ministre de l'Economie de 2017, Emmanuel Macron, est ainsi monté au capital pour être sûr d'appliquer cette loi, qui peut être bloquée par une résolution soutenue par une majorité des deux tiers de l'AG. "Cela a laissé beaucoup d'amertume chez nos amis japonais" explique aujourd'hui Carlos Ghosn. "Non seulement au niveau de la direction de Nissan mais aussi au sein du gouvernement japonais".

"Ils pensaient que c'était injuste" poursuit Carlos Ghosn. "On a essayé d'expliquer la situation mais ça n'a pas été couronné de succès et les problèmes ont commencé." En effet, les Japonais ont été lésés puisqu'ils détiennent 15% du capital de Renault mais ne dispose d’aucun droit de vote, contrairement à l'Etat français.

Pas de fusion entre Renault et Nissan

Interrogé un peu plus tard par Christophe Jakubyszyn, Carlos Ghosn a précisé sa pensée : "Je n'ai pas dit que c'était la loi Florange qui avait occasionné tout cela" a-t-il expliqué.

"On aurait pu très bien accepter la loi Florange et donner le droit de vote aux Japonais (de Nissan, ndlr)" souligne-t-il. "Le fait que l'ont ait voté la loi Florange et que l'on ait refusé, par la pression de l'Etat, de donner le droit de vote à Nissan, c'est cela qui a provoqué la méfiance de nos amis japonais."

Et de souligner : "une alliance irréversible, pour beaucoup de Japonais, cela voulait dire une fusion, ce qui n'était pas du tout mon intention (…) moi j'y crois pas" car "c'est impossible à manager".

Thomas Leroy