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Le débat sur Uber ne s’arrête pas à la France, il est mondial

Au Canada, en Belgique, en Grande Bretagne, aux États-Unis et en Israël, l'arrivée des VTC pose des problèmes dans les grandes villes dont les autorités tentent sans succès de ménager la chèvre et le chou.

Au Canada, en Belgique, en Grande Bretagne, aux États-Unis et en Israël, l'arrivée des VTC pose des problèmes dans les grandes villes dont les autorités tentent sans succès de ménager la chèvre et le chou. - Spencer Platt - Getty Images North America/AFP

Dans chaque pays où il est présent, Uber crée un débat sur la déréglementation des services de transport. Chacun tente de trouver une solution pour ne pas étrangler une profession sans pénaliser l’innovation et la concurrence. Tour d'horizon aux États-Unis, en Israël, en Belgique, au Canada et en Grande-Bretagne.

Depuis ce mardi matin, la France est plongée dans le conflit qui oppose les chauffeurs de taxi et les services de VTC, Uber en tête. Le gouvernement, accusé de ne pas faire respecter la loi, s’engage à mieux veiller à son application. Manuel Valls propose également de créer une concertation et de nommer à sa tête "une personne qualifiée" pour ramener "l'équilibre dans le secteur".

Nous avons regardé ce qu’il se passe dans cinq autres pays (États-Unis, Israël, Belgique, Canada et Grande-Bretagne) où l’explosion des VTC a créé de vives tensions avec les chauffeurs de taxi. Chacun tente de gérer au mieux l'opposition des deux modèles.

Belgique: Uber rêve de faire revenir UberPop à Bruxelles

Fin 2015, le gouvernement a interdit l’activité d’UberPop, le service de covoiturage qui a jeté de l’huile sur le feu avec les taxis. Mais le groupe californien ne veut pas s’en tenir là.

Le directeur général d’Uber Belgique a rencontré les journalistes du Soir pour leur dévoiler un nouveau plan basé sur une totale transparence de son activité. "Depuis quelques mois, nous demandons à tous les chauffeurs d’avoir un numéro de TVA et nous vérifions. Et nous allons plus loin puisque chaque utilisateur peut retrouver en ligne une facture pour chaque trajet avec le prix, la TVA qui est incluse, le nom de l’entreprise du chauffeur et son siège social. On assure complètement la transparence", souligne Filip Nuytemans.

Le patron belge d’Uber estime qu’un tel dispositif pourrait être mis en place si UberPop faisait son grand retour dans la capitale. "Chaque Belge qui gagne de l’argent, via une activité complémentaire ou à temps plein, doit le déclarer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de cash dans le secteur des taxis. Avec Uber, tous les paiements se font par carte bancaire et sont traçables. Nous sommes d’accord pour travailler avec le gouvernement dans ce cadre légal. En fin d’année, on pourrait dire ce que chaque conducteur a gagné et on donnerait cette information au fisc. Il n’y aurait plus de fraude possible", assure le patron d’Uber Belgique.

Canada: les taxis québécois prêts à des actions "foudroyantes"

"Je vais brûler mon taxi parce que je suis mort. On joue avec mon gagne-pain. Je fais 15 heures par jour pour faire rouler l'économie de Québec". Cette phrase est représentative de l’état d’esprit des taxis québécois.

Selon Le Journal de Québec, "plusieurs dizaines de chauffeurs de taxi se sont réunis à huis clos afin de discuter des moyens de pression à venir contre le service UberX". Et, selon le site, ils sont prêts à commettre des actions violentes.

"On va perturber l'agenda ministériel. S'il n'y a pas de pression efficace et foudroyante sur le gouvernement, il ne va pas agir. On est déjà en état de faillite. Je ne vois pas pourquoi on aurait peur", a expliqué plus calmement le président du Regroupement des propriétaires de taxi de la capitale (RPTC), Hamid Nadji.

Et pour ces professionnels, les clients ne sont pas "innocents". Les taxis leur ont lancé un message dans lequel ils sont considérés "dans l'illégalité autant que Uber peut l'être". Au Canada, le service UberX est toujours jugé illégal par le ministre des Transports et les saisies de véhicules se poursuivent.

États-Unis: Uber remporte la bataille contre le maire de New York

À New York le nombre de VTC explose et Uber est en tête. Depuis 2011, le nombre de VTC a progressé de 63% pour dépasser aujourd’hui les 25.000 véhicules dont les trois quarts font partie du réseau de Travis Kalanick, PDG et fondateur d’Uber. Ce parc s’ajoute aux 13.000 taxis en circulation dans Big Apple.

À la demande des taxis, le maire, Bill de Blasio, a tenté de freiner l'expansion en limitant la progression des VTC à 1% par an. Selon Forbes, il a même payé une facture de deux millions de dollars pour une étude qui vient de lui conseiller de ne pas se lancer dans un blocage. Selon cette enquête, Uber crée des emplois, améliore la vie des personnes qui vivent dans les quartiers populaires et n’a aucun impact sur les difficultés à circuler en ville.

Pendant cette étude qui a duré six mois, Uber a lancé une campagne de communication sans précédent dans laquelle il se présente comme un créateur d’emplois et un pourfendeur des discriminations sociales ou raciales. Il a rappelé que si les taxis étaient nombreux dans le coeur de Manhattan, ils sont rares dans les quartiers populaires du Queens, du Bronx ou de Brooklyn.

Le groupe s'est aussi payé le luxe de se moquer du maire de New York en créant un bouton "Blasio" qui s’allume pour prévenir d’une attente trop longue ou quand aucune voiture n’est disponible.

Grande-Bretagne: Londres n’imposera aucune règle stricte à Uber

Depuis 2010, le nombre de chauffeurs de VTC est passé de 59.000 à 95.000 au début de l’année 2016. Face à cette explosion de l’offre, l'organisme responsable des transports à Londres a pourtant décidé ce mercredi de n’imposer aucune restriction stricte des activités de VTC, Uber ou pas.

La seule décision retenue est de taxer ces véhicules lors des passages des péages urbains pour accéder dans la City. Jusqu’à présent, taxis et VTC étaient exonérés de ce paiement de 11,50 livres, soit 15 euros. Seuls les taxis pourraient en bénéficier à l’avenir.

En revanche, pas question d’imposer aux VTC de respecter un délai minimum de 5 minutes entre la commande et l’arrivée du véhicule.

Israël: seuls les taxis ont le droit d’utiliser l’appli Uber

En Israël, le dossier Uber a conduit à une discussion "très vive" entre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et le ministre des Transports, Yisrael Katz. Selon i24News, ce dernier se serait "félicité" de son action dans la déréglementation du secteur aéronautique, ce à quoi le Premier ministre lui aurait rétorqué que son amour pour la libre concurrence n’était pas allé au point d’accéder à la demande d’Uber d’élargir son activité en Israël où seuls les taxis ont le droit d’utiliser la fameuse appli.

Le ministre des Transports n’a pas vraiment apprécié la remarque. "Vous me dites ça à moi? Moi, qui suis si ouvert à l'idée de concurrence? Uber ne me pose aucun problème, tant qu'il respecte la loi", a-t-il réagi en ajoutant à l’attention de Benyamin Netanyahou: "mon travail n'est pas de prendre soin des capitalistes étrangers, mais des citoyens de l'État d'Israël. La concurrence doit être juste et efficace".

Le quotidien Ha'aretz explique cette allusion. Yisrael Katz évoque une réunion privée entre le Premier ministre israélien et Travis Kalanick, PDG et fondateur d'Uber. Après cette rencontre qui a eu lieu pendant le forum économique mondial de Davos, Benyamin Netanyahou continuait d’affirmer qu’il ne connaissait pas "le PDG d'Uber".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco