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Le coup de pouce d'Uber aux chauffeurs mécontents de Valls

Des Loti manifestant le 5 février

Des Loti manifestant le 5 février - Dominique Faget - AFP

L'application a décidé de suspendre ses services entre 11h00 et 15h00 ce mardi 9 février en soutien aux chauffeurs qui manifestent contre les décisions du gouvernement. Uber fait valoir au passage que les promesses de Valls aux taxis pourraient détruire 10.000 postes.

Cinquième jour de mobilisation pour les Loti (les chauffeurs de transports collectifs qui exercent leur activité via des applications de VTC). Et ce mardi 9 févier un renfort de poids vient s'ajouter en la personne de la société Uber elle-même. La société a ainsi annoncé qu'elle suspendrait ses services entre 11h00 et 15h00 ce mardi pour soutenir le mouvement.

Le groupe a répondu favorablement à une demande de l'AMT, l'association Alternative mobilité transport, qui regroupe un millier de chauffeurs Loti, et qui avait demandé à Uber mais aussi à Chauffeur Privé et SnapCar de leur prêter main forte. Seul le géant américain a suivi cet appel.

"Nous comprenons que cela peut être très gênant pour beaucoup d’entre vous, et nous vous prions de nous en excuser. Mais la décision du Premier ministre aurait pour conséquence de mettre 10.000 chauffeurs au chômage, alors qu’ils travaillent avec des autorisations administratives délivrées par l’Etat depuis des années", affirme Uber dans un mail envoyé à ses usagers.

Différences de statuts Loti/VTC

Le groupe reprend à son compte l'argumentaire des Loti et fait référence aux promesses de Manuel Valls aux taxis, il y a deux semaines. Le Premier ministre avait alors affirmé aux que des "contrôles incessants" seraient effectués pour traquer les VTC "fraudeurs". Par "VTC fraudeurs" il faut comprendre les Loti, auxquels les taxis reprochent d'exercer illégalement l'activité de VTC.

Pour comprendre leur mécontentement, il faut préciser que les Loti ont un "statut capacitaire" différent de celui des VTC (en fait plus facile à obtenir) qui fait que théoriquement ils ne peuvent pas transporter de passagers individuels (d'où leur fonction "de transporteur collectif"). Or, selon les taxis, les Loti méconnaissent cette obligation lorsqu'ils passent par les applications de VTC pour prendre leurs réservations. A en croire Le Monde,10 à 40% des chauffeurs des applications de VTC (Uber, LeCab, Chauffeur-privé) sont en fait des Loti. Et le statut connaît un boom important puisque de 2009 à 2015 leur nombre est passé de 20.000 à 70.000 selon l'Observatoire taxi/VTC qui explique qu' "un flou législatif règne " sur le statut de Loti.

Le risque de mécontenter les "vrais" VTC

In fine, la crainte des Loti est que le durcissement de ton de Matignon ne se traduise par une interdiction pure et simple pour eux d'utiliser les plateformes comme Uber. Le gouvernement a ainsi envoyé des lettres de mise en demeure, estimant que les VTC n'ont pas à utiliser le statut plus restrictif de Loti.

"Ce qu'on veut, c'est un moratoire sur les mesures décidées par (le Premier ministre) Manuel Valls le temps que Laurent Grandguillaume termine sa mission (qui doit durer trois mois, NDLR). Si on nous dit 'les Loti c'est terminé', on veut bien. Mais le temps que ça va prendre, vous pouvez pas nous mettre sur la guillotine (...) C'est un outil d'intégration sociale, des entreprises de mixité sociale, un antidote à la radicalisation", a expliqué Joseph François, le numéro un de l'AMT, cité par l'AFP.

Il n'en reste pas moins que la décision d'Uber risque de ne pas forcément plaire aux VTC qui ont eux le statut officiel de VTC. Une partie d'entre eux s'est en effet désolidarisée du mouvement des Loti. "Une manif', il faut savoir la commencer, il faut savoir l'arrêter", affirmait sur BFMTV l'un des entrepreneurs du VTC, Yves Weisselberger, président de la Fédération française du transport de personnes sur réservation et fondateur de Snapcar. Et de conclure; "Je crois que s'ils ne s'arrêtent pas, ils vont rentrer dans une impopularité qui est la même des taxis lorsqu'ils manifestent".