BFM Business

La Chine dépassée par le succès du vélo en libre-service

En Chine, l'essor rapide des vélos en libre-service a entraîné un chaos auquel les autorités souhaitent mettre fin.

En Chine, l'essor rapide des vélos en libre-service a entraîné un chaos auquel les autorités souhaitent mettre fin. - Nicolas Asfour - AFP

En réponse au chaos né de la multiplication des services de location de vélos, les autorités chinoises cherchent à restreindre l'usage de ce mode de déplacement.

En Chine, la petite reine commence à irriter les autorités. Depuis 2016, le pays connaît un boom du "vélopartage 2.0", c'est-à-dire de la location de bicyclettes en libre-service. Désormais, il découvre les effets pervers de ce mode de déplacement.

Les bicyclettes, qui peuvent être louées et laissées n'importe où, pullulent au point de gêner la circulation des automobiles comme des piétons. Un chaos auquel les autorités veulent mettre fin. Les idées ne manquent pas pour limiter l'usage de ce mode de transport, allant de la réduction du nombre de vélos à l'interdiction pure et simple de chevaucher ces montures connectées pour les personnes trop grandes, trop petites, trop jeunes (enfants). 

À l'inverse des systèmes de location dans des villes comme Londres, Paris ou New York, les vélos partagés peuvent se louer, en Chine, de (presque) n'importe où à (presque) n'importe où. Un simple smartphone suffit aux millions d'usagers de Pékin jusqu'au Tibet. Ces derniers ouvrent une application, puis scannent un QR code collé sur le vélo, action qui débloque son cadenas. Il n'y a plus qu'à enfourcher le deux-roues pour la modique somme de 0,5 yuan (0,07 euro) la demi-heure. Une fois arrivé à destination, les usagers laissent le véhicule où ils veulent, prêt à être enfourché par l'utilisateur suivant.

Supplanté par la voiture, le vélo est revenu en force 

Le concept, ultra-simple, a relancé le vélo en Chine, où il était le principal moyen de locomotion jusque dans les années 1970 avant d'être supplanté par la voiture, symbole d'élévation sociale. Problème: les automobiles sont aujourd'hui omniprésentes et leurs conducteurs parfois peu disciplinés empiètent volontiers sur les pistes cyclables.

L'afflux massif de vélos partagés n'arrange évidemment rien et entraîne une belle pagaille. Certains usagers, au mépris des règles, laissent leur vélo au milieu des trottoirs, des pistes cyclables, les détériorent, voire les rapportent chez eux... histoire de l'avoir à portée de main.

"Il est bien plus pratique de pédaler que de prendre le métro. Mais l'effet pervers du système, c'est que cet afflux de vélos provoque des embouteillages à certains endroits", observe Zhang Wei, étudiant pékinois de 21 ans. Devant les stations de métro, le nombre de vélos garés est parfois tel qu'il bloque la circulation des piétons.

Dans certaines villes, des bicyclettes ont été empilées en tas longs de plusieurs mètres, avant d'être extraites par la police. Mais cela ne décourage en rien les entreprises de location, qui prévoient de mettre des milliers de nouvelles montures en circulation.

Une trentaine de sociétés se partagent le marché 

Selon le Centre de recherche chinois sur le commerce électronique, la Chine comptait l'an dernier 16,9 millions d'utilisateurs de vélos partagés, un chiffre qui devrait atteindre les 50 millions à la fin de cette année. Au total, une trentaine de sociétés s'arrache les parts de marché. Devant l'anarchie ambiante, certaines récupèrent désormais elles-mêmes leurs vélos, pour les placer là où ils ont le plus de chances d'être utilisés. Mais ces start-ups, y compris les leaders du marché Mobike et Ofo, vont devoir composer avec des règles plus strictes.

Le ministère des Transports a récemment annoncé un projet de réglementation obligeant les autorités locales à mettre en place des aires de stationnement près des gares et stations de métro, des centres commerciaux et des immeubles de bureaux. Des zones interdites à la dépose des vélos seront instituées ainsi qu'une interdiction du vélopartage pour les moins de douze ans.

À Shanghai, l'approche envisagée est encore plus drastique: interdire aux personnes trop grandes, trop petites ou trop grosses d'utiliser les vélos partagés, au motif qu'elles risqueraient de ne pas être stables une fois en selle, la taille et la structure du vélo n'étant pas adaptées à leur cas.

Des balises GPS pour éviter les déposes sauvages

À Pékin, le district de Dongcheng envisage la création de centaines de places de parking réservées, que les entreprises de location devront aider à gérer, selon le quotidien officiel Legal Daily.

"Nous étions les premiers du secteur à travailler avec des entreprises et des régulateurs locaux afin de créer ces places pour nos vélos. Nous en avons 10.000 en Chine et en mettrons en place des milliers d'autres dans les mois qui viennent", déclare à l'AFP un porte-parole de Mobike. 

Zhang Wenzhong, spécialiste de l'urbanisme à l'Académie chinoise des Sciences, estime que les entreprises ne font pas suffisamment appel à la technologie. "Le gouvernement devrait imposer à toutes les entreprises d'installer des balises GPS sur les vélos, pour répondre à la demande des consommateurs, éviter les déposes sauvages, le vandalisme et le vol", dit-il. Mobike comme Ofo sont déjà équipés d'un tel système, qui permet aux usagers de localiser les vélos libres. 

A.M. avec AFP