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Combien le Bélarus va-t-il perdre avec l'arrêt des survols des compagnies européennes?

La suspension du survol du Bélarus par les compagnies européennes est un coup dur pour le pays car les redevances de route, liées au survol des avions, est devenue une manne intéressante pour les Etats.  

L'heure était au sourire le 15 mai dernier à l'aéroport de Minsk, capitale du Bélarus. En présence des apparatchiks du régime et de plusieurs généraux, un nouveau centre de contrôle du trafic aérien était inauguré. De quoi tripler la capacité de l'espace aérien biélorusse, selon le site de l'entreprise d'Etat Belaeronavigatsia. Dix jours plus tard, c'est la douche froide. Après le détournement controversé d'un appareil Ryanair pour permettre l'arrestation d'un journaliste opposant du régime, l'Union européenne recommande désormais aux compagnies d'éviter l'espace aérien du Bélarus en guise de punition. Air France, KLM, Lufthansa et même Singapore Airlines ont d'ores et déjà annoncé leur intention de s'y plier.  

Et c'est un coup dur pour le Bélarus qui profitait des survols pour empocher les redevances de route. "Plus de 1000 compagnies aériennes de 92 pays du monde opèrent des vols dans l'espace aérien biélorusse. Il y a entre 500 à 950 vols au-dessus du territoire bélarus chaque jour et jusqu'à 200.000 vols au cours de l'année" s'enorgueillit d'ailleurs Belaeronavigatsia. L'entreprise publique vante, sur son site, la situation géographique favorable du pays, notamment pour les vols d'Europe vers l'Asie mais aussi pour l'accès des Scandinaves et des Baltes à certains pays méditerranéens.   

Et si le survol du territoire est important, c'est aussi parce qu'il est devenu une manne importante pour le pays. Incluse dans les billets, la redevance de route est une taxe censée rémunérer l’usage des installations et services mis en œuvre par l’État. Elle s'applique pour les survols, une autre taxe s'appliquant aussi aux appareils qui décollent ou atterrissent dans le pays.   

300 survols

La taxe est prélevée par Eurocontrol, l'organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne. Le Bélarus n'est pas un Etat-membre mais a signé un accord avec Eurocontrol pour la collecte des taxes. Contacté par BFM Business, l'organisation tempère d'ailleurs un peu les chiffres de Belaeronavigatsia, évaluant plutôt à 300 le nombre de survols journaliers au-dessus du pays.

Mais chaque passage se monnaye. Le montant collecté dépend de plusieurs facteurs dont le poids de l'avion et la distance parcourue sur le territoire. A ces variables, il faut appliquer un coût unitaire fixe, décidé en amont par l'Etat en fonction des prévisions de trafic et de ses dépenses. En 2021, le coût unitaire de la France était ainsi de 59,16 euros (43,28 euros pour le Bélarus).

Pour obtenir le montant de la taxe, il faut donc mixer toutes ces valeurs. Le ministère de la Transition écologique donne d'ailleurs quelques exemples. Ainsi pour un vol d'Amsterdam à Madrid en Boeing 737-800, le montant s'élève à 639,62 euros. Celui d'un vol entre Bristol et Palma de Majorque en jet privé (bien plus léger) rapporte à la France 169,85 euros. 

La France a ainsi empoché, rien que pour cette redevance (à laquelle s'ajoutent d'autres taxes) 1,3 milliard d'euros sur l'année 2019, un montant en constante progression. L'année 2020, marquée par la chute brutale du trafic aérien, fait figure d'exception avec moitié moins de revenus.   

85 millions pour le Bélarus en 2019

Alors combien pour le Bélarus? En 2019, Eurocontrol a facturé et collecté 85 millions d'euros de redevances de navigation aérienne pour le compte du pays, une somme qu'on pourrait largement diviser par deux pour l'année 2020. 

"En moyenne, la redevance pour les vols de passage (sans décollage ni atterrissage) au Bélarus est comprise entre 245 euros pour un avion de la famille A320 et 770 euros pour un avion de la famille A380" souligne Eurocontrol.

Pour autant, si la suspension des survols par des compagnies européennes est un coup dur dans les ambitions économiques du pays, ces dernières représentent finalement peu des sommes collectées puisque les principales compagnies à utiliser les couloirs aériens du Bélarus sont russe (Aeroflot), turque (Turkish Airlines) et chinoise (Air China). KLM, British Airways ou Lufthansa ne l'utilisent qu'environ 6 six fois par jour, une goutte d'eau dans leur trafic journalier.

Avec une économie déjà fortement dépendante de l'allié russe, le régime d'Alexandre Loukachenko peut donc toujours compter sur les survols russes pour éviter de perdre la totalité de sa manne. Mais dans un pays où le PIB par habitant ne dépasse pas les 7000 dollars (contre 40.000 dollars pour la France), l'impact ne sera pas négligeable.  

Thomas Leroy Journaliste BFM Business