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Cette voiture n'est pas une Tesla... mais sa "copie" chinoise

Alors que Tesla se démène pour vendre ses voitures en Chine, l'Américain inspire des constructeurs locaux qui font presque aussi bien, pour deux à trois fois moins cher.

Alors que Tesla se démène pour vendre ses voitures en Chine, l'Américain inspire des constructeurs locaux qui font presque aussi bien, pour deux à trois fois moins cher. - Youxia

Entre Elon Musk et la Chine, on peut dire que l'amour n'est pas au rendez-vous. Tesla peine à percer sur ce marché, et ses modèles surtaxés se vendent très mal. Un concurrent local s'apprête à commercialiser, à un prix défiant toute concurrence, une sorte de clone de la Model S.

La contrefaçon n’épargne aucune entreprise. Pas même celles dont les produits nécessitent de lourds investissements. D'ici un peu plus d'un an, les Chinois pourront s’offrir une Youxia X qui ressemble étrangement à la Model S de Tesla. Fabriquée par un constructeur installé à Shanghai, la berline sportive reprend les formes de sa concurrente américaine. Même le logo, qui représente un "Y" est très inspiré du "T" de Tesla.

Quant aux spécificités techniques, Youxia tente de coller à celles de son clone avec un moteur de 350 ch qui permet d’atteindre 100 km/h en 5,6 sec. (3 secondes pour Telsa avec sa double motorisation), une autonomie de 460 km (528 km pour Tesla) et un temps de rechargement d’une heure trente (une heure pour Tesla). Par contre, si l’Américaine a obtenu 5 étoiles au crash Euro NCAP, la Chinoise ne donne pas son score.

En fait, la seule "originalité" de ce modèle repose sur des bandes lumineuses qui s’allument autour de la carrosserie, clin d’œil à K2000. Et pour mieux séduire les fans de la série TV, le système d’exploitation du véhicule accessible via un énorme écran tactile s’appelle KITT. Dispose-t-elle d’un contrôle vocal? Youxia ne le dit pas.

Ceci est une Tesla S
Ceci est une Tesla S © Tesla

Cette copie - d’autres préfèrent parler de "version chinoise" - sortira en 2017 en Chine. Avec un avantage majeur par rapport au modèle original: son prix. La version de base de la Youxia sera vendue sur le marché chinois pour l'équivalent de 30.000 dollars alors que les taxes d'importation obligent Tesla à vendre sa "S" au minimum 100.000 dollars (contre 70.000 dollars en Europe ou aux États-Unis). Car si le gouvernement incite les consommateurs chinois à acheter des voitures propres pour assainir l’atmosphère, ces mesures ne concernent que les véhicules "made in China".

Ceci est une Youxia X
Ceci est une Youxia X © Youxia

Pour conquérir le marché, Tesla n’a donc pas d’autre choix que de s’installer dans l’empire du Milieu. Pour le moment, le Californien n’y a pas rencontré le succès. Son stock d’invendus atteint 2.000 unités. Lors du salon de Shanghai, qui s’est tenu au printemps dernier, Elon Musk indiquait à la presse que la Chine était "le seul pays de la planète" où les invendus atteignent un tel niveau.

Le dirigeant pense même être tombé dans un traquenard. Elon Musk se dit victime de "spéculateurs" qu'il accuse d'avoir passé commande puis de refuser la livraison sans payer l'addition.

Autre coup fourré qui n’a pas arrangé ses affaires, la marque Tesla a été déposée avant son arrivée ce qui l’a contraint à utiliser un autre nom, Tusola, avant de trouver un accord dont les termes n’ont pas été rendus publics. En janvier 2015, selon le Wall Street Journal, Tesla n'aurait vendu que 120 véhicules, quand il a vendu un millier aux États-Unis au cours de la même période.

Pour les spécialistes du marché chinois, Tesla aurait surtout fait preuve de naïveté. Pour Gong Yan, professeur de la China Europe International Business School, "Musk et son équipe ont une compréhension très limitée du marché chinois. L'hystérie autour de sa marque a conforté les malentendus et les a incités à gonfler trop rapidement leurs objectifs de vente". La conséquence a été brutale. Face à cet échec, organisé ou non, la marque a supprimé 180 postes en mars dernier sur un effectif de 600 personnes, soit près d'un tiers du personnel.

Depuis, Elon Musk en a tiré la leçon. Il est discret sur ses projets chinois et humble sur ses ambitions, comme Sun Tzu le conseille dans "L'Art de la guerre".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco