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Air France-KLM : les négociations patinent entre la France et les Pays-Bas

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a rencontré il y a dix jours son homologue pour tenter de trouver un accord entre les deux gouvernements. La présidente d’Air France-KLM espère décrocher un accord d’ici le séminaire stratégique mi-avril.

C’est une guerre froide qui dure depuis un an. Le 26 février 2019, l’Etat néerlandais faisait irruption chez Air France-KLM en annonçant avoir pris 12,68% de son capital pour 680 millions d’euros. Le lendemain, les Pays-Bas grimpaient à 14%, un niveau proche de celui de l'Etat français (14,3% des parts du groupe). Las de l’emprise d’Air France sur le groupe, les Néerlandais voulaient préserver l’indépendance de leur compagnie nationale.

Mais depuis, les négociations entre les deux Etats sont au point mort. "Rien n’avance", s’agace un dirigeant du groupe. Chacun campe sur ses positions. Le lundi 17 février, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a rencontré son homologue néerlandais Wopke Hoekstra pour tenter de trouver un compromis. "Nous leur avons fait une proposition mais eux n’en ont fait aucune" résume l’entourage de Bruno Le Maire qui assure rester "ouvert".

Bataille autour de la gouvernance de KLM

Lors du dernier conseil d’administration, mercredi 19 février, aucun accord n’a donc été trouvé. La présidente du groupe, Anne-Marie Couderc, espère parvenir à un compromis pour le prochain conseil, fin mars. "Elle s’impatiente et souhaite aboutir d’ici le séminaire stratégique prévu mi-avril", explique un de ses proches. Un accord semble toutefois difficile étant donné le bras de fer que se livrent les deux gouvernements. Contactée, la direction n’a pas souhaité faire de commentaires.

Concrètement, les Pays-Bas demandent deux sièges au conseil d’administration d’Air France-KLM pour peser autant que l’Etat français. Une "demande légitime" estime un cadre du groupe. Mais en contrepartie, Bercy exige que les Néerlandais lâchent du lest sur la gouvernance de KLM. Les Français jugent que KLM doit dépendre des décisions du groupe et pas seulement des intérêts néerlandais. Impensable à Amsterdam où KLM est un poumon économique du pays avec l’aéroport de Schiphol. Ensemble, ils pèsent pour près de 4% du PIB des Pays-Bas. Inimaginable aussi politiquement alors que flotte aux Pays-Bas un sentiment nationaliste très fort.

Saturation de l'aéroport d'Amsterdam

Les Néerlandais sont bloqués par une limitation de leur croissance. KLM ne dispose plus de créneaux supplémentaires à l’aéroport d’Amsterdam dont la capacité arrive à saturation. Du coup, ils craignent que des liaisons ne soient transférées à Roissy, au bénéfice d’Air France. Une crainte alimentée par le fait que le patron d’Air France-KLM, Ben Smith, a affiché son ambition de redressé la rentabilité de la compagnie française, inférieure de 25% à celle de la compagnie néerlandaise.

Et aussi car l’aéroport parisien accueillera en 2028 un nouveau terminal pour 10 millions de passagers supplémentaires. Derrière la rivalité entre Air France et KLM se joue aussi celle entre les Aéroports de Paris (ADP) et celui d’Amsterdam. D’autant qu’ADP et Schiphol sont, eux aussi, alliés. Ils détiennent chacun 8% du capital de l’autre. De quoi alimenter la défiance entre les Français et les Néerlandais.