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ADP se prépare à une réduction de la voilure

"A la fin de l'année, nous pourrions être à 65-70% d'une activité normale. C'est un choc historique",assure le PDG de ADP.

"A la fin de l'année, nous pourrions être à 65-70% d'une activité normale. C'est un choc historique",assure le PDG de ADP. - ERIC PIERMONT - AFP

Le groupe gestionnaire des aéroports parisiens, forcément dépendant du trafic aérien, va devoir réduire son activité dans les années à venir.

Groupe ADP a décidé d'engager des négociations avec les syndicats pour s'adapter à une activité réduite dans les prochaines années en raison de la crise due au coronavirus, avec pour objectif d'éviter tout départ contraint.

Le groupe gestionnaire des aéroports parisiens, qui suivait jusqu'ici "un modèle d'accompagnement de la croissance", va désormais devoir passer "à un modèle de gestion d'une situation dans laquelle les activités et les investissements seront réduits" en raison de la lenteur de la reprise du trafic aérien, a-t-il constaté dans un communiqué.

"A l'occasion d'un comité social d'entreprise extraordinaire qui s'est tenu le 9 juillet, il a été proposé aux représentants des salariés d'engager des négociations en vue d'adapter le modèle économique et social de la maison-mère ADP SA", qui emploie près de 6.300 personnes, a affirmé Groupe ADP, dont l'État est l'actionnaire majoritaire.

Baisse de salaires ?

Direction et syndicats s'apprêtent donc à négocier un accord d'activité partielle de longue durée (APLD), un accord de performance collective (APC) et un dispositif de rupture conventionnelle (RCC), précise-t-il.

L'APLD vise notamment à "donner la plus grande visibilité" possible aux salariés qui seront concernés par des mesures de chômage partiel. Entre 60 et 65% d'entre eux se trouvent actuellement en activité partielle (80% pendant le confinement), selon le directeur général exécutif Edward Arkwright.

Un accord de performance collective passe habituellement par des baisses de salaire ou une augmentation du temps de travail, tandis qu'un RCC encadre les départs volontaires.

"Nous souhaitons poser un cadre qui donne toutes ses chances au dialogue social et permettre de préserver l'emploi au maximum,", affirme le PDG Augustin de Romanet, cité dans le communiqué.

Le nombre envisagé de suppressions d'emplois n'a ainsi pas été précisé. "On veut absolument donner toutes les chances à la négociation", a affirmé à l'AFP Edward Arkwright, selon qui "l'objectif est de préserver l'emploi au maximum, les compétences et de sauvegarder cette structure".

"Sans que cela soit gravé dans le marbre", la direction entend conclure les négociations "d'ici fin septembre", a-t-il ajouté.

Pour Daniel Bertone, de la CGT ADP, "la RCC et l'APC vont amener à une baisse de la masse salariale".

"On s'attendait à ce type de dispositifs mais le délai pour négocier sur les trois sujets, entre fin août et le 23 septembre, nous paraît relativement court", a affirmé à l'AFP Véronique Pigueron, de la CFE-CGC, premier syndicat chez ADP. 

"C'est assez inquiétant"

Son syndicat "veut bien négocier pour les volontaires qui voudraient partir mais ne veut pas de baisse de rémunération", a-t-elle prévenu.

"On n'a pas la feuille de route, on n'a pas la méthode, on n'a aucun document", a de son côté déploré Laurent Garssine, secrétaire général Unsa Sapap ADP.

"On n'a pas de volumétrie pour l'instant" concernant les effectifs concernés, a-t-il dit, "c'est assez inquiétant".

Un prochain CSE doit se tenir le 23 juillet sur la stratégie à trois ans d'ADP, selon lui.

L'entreprise se donne en effet trois ans (2021-2023) pour avoir "une possibilité de renouer avec une croissance rentable et durable", selon le communiqué.

Groupe ADP estime que le trafic aérien ne devrait retrouver son niveau de 2019 qu'entre 2024, dans un scénario optimiste, et 2027, dans une hypothèse "assez pessimiste", selon M. Arkwright.

Sur 2020, il anticipe une perte d'environ 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit plus de la moitié de son activité, et a déjà engagé un plan d'économies de 450 millions d'euros, réduisant notamment de moitié ses investissements.

Si l'aéroport de Paris-Orly, fermé pendant près de trois mois, a rouvert le 26 juin, la reprise du trafic aérien s'annonce très lente.

Mercredi, 13.140 vols ont été comptabilisés en Europe par l'Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne Eurocontrol, soit 63% de moins que l'an dernier à la même date.

TL, avec AFP